Le 90Km du Mont-Blanc, un double marathon montagnard

Le 90Km du Mont-Blanc est une épreuve mythique de Chamonix-Mont-Blanc. Avec ses 91km et 6225m de dénivelé positif, il est reconnu comme un ultra-trail technique et exigent.

En effet, bien que le parcours emprunte des sentiers de randonnée, ces derniers sont parfois étroits et aériens et fréquemment situés entre 2000 et 2500m d’altitude, avec des passages sur des névés. Le parcours de cette année est identique aux précédentes éditions ; je le connais bien pour l’avoir déjà couru il y a deux avec mon frère Julien. Cependant, après plusieurs vérifications cartographiques et relevés GPS, le tracé a été mesuré à 91,7km et 6225m de dénivelé positif et négatif. L'organisation Marathon du Mont-Blanc a donc décidé de renommer la course 90Km du Mont-Blanc et non plus 80Km, le temps maximum de course restant inchangé, maximum 24h pour courir cette boucle montagnarde.


Pour participer à cette course il est recommandé d'avoir une bonne expérience en course de montagne, d'être à l'aise sur tous  les terrains et d'être autonome pendant plusieurs heures. Et, cette année, une côte Itra supérieur à 410 points est demandée ; étant maintenant expérimenté, c’est jouable pour moi.



Avec Cécile, nous arrivons à Chamonix le mercredi et avons le temps de nous balader en plus de chercher mon dossard, numéro 3614, la veille de course.







Vendredi 29 juin, 4h du matin, le départ de la course du 90Km du Mont-Blanc est donné. Cécile m’accompagne et se place dans le public plutôt nombreux. Je n’arrive pas à me positionner assez vers le devant du peloton et j’ai un peu peur de le payer ensuite lorsque le parcours va devenir plus étroit. Je recroise Cécile toujours en train de filmer et prend le temps de l’embrasser. Après 2km, nous sortons de la ville et effectivement, à plusieurs reprises, il faut s’arrêter car cela bouchonne. Quelques kilomètres plus loin et plus haut, je regarde plusieurs fois le lever de soleil sur le Mont-Blanc et la vallée en contre-bas, c’est magnifique ! C’est ce panorama exceptionnel qui m’avait le plus plu il y a deux ans.




6h24’, j’arrive au Brévent au 10ème km à 2471m d’altitude, face au Mont-Blanc. Je suis 445ème au classement et je filme à mon tour la descente sur le parcours complètement enneigé jusqu’à Planpraz (2048m). J’aime toujours autant courir dans la neige et je m’amuse comme en gamin.



7h35’, j’arrive à La Flégère (1892m) au 18ème km, le panorama est toujours aussi grandiose. Le tracé continue sur un chemin d’alpage en balcon panoramique.

8h22’, à 2133m d’altitude, je passe par la Tête aux vents au 22ème km et suis actuellement 502ème au classement. Un bénévole qui bipe les coureurs au sommet me lance "bravo Rémi sans les bâtons" car je ne les ai pas encore utilisés. Je lui réponds avec le sourire que "j’attends Emosson !"

9h29’, au Buet, situé à 1347m après une belle descente assez technique en lacet, j’arrive au 28ème km et suis maintenant 541ème…je perds régulièrement des places quand le parcours descend car je suis moins à l’aise que les montagnards et sécurise mes pas pour ne pas tomber.
11h12’, après une nouvelle montée, j’arrive au Chalet de la Loriaz à 2022m d’altitude (34ème km, 596ème).

11h52’, le parcours descend sèchement vers La Villaz, 1251m (38ème km) et je reperds des places au classement (612ème) ; je commence à m’inquiéter et à consulter les heures des futures barrières horaires.

13h57’, j’arrive enfin au barrage d’Emosson en Suisse à 1955m (44ème km). J’ai souffert dans la montée, comme il y a deux ans en plein cagnard et suis 658ème. Heureusement le tracé coupe quelques ruisseaux, idéal pour se rafraîchir.  Je mange un peu même si j’ai du mal à digérer du solide et repars pour continuer jusque 2015m d’altitude. Ensuite, cela descend, je suis presque seul et je croise un  bouquetin en train de manger ! Incroyable scène et pour une fois, j’arrive à immortaliser cet animal majestueux en photo. Je reprends ma route sourire aux lèvres et cela me booste.





15h21’, nouvelle barrière horaire de passée au Chatelard (48ème km) à 1150m dans la vallée. Je n’ai plus que 30-40 minutes d’avance et suis 638ème. Le parcours remonte à nouveau, passe par Les Esserts (1158m) ; je suis un peu mieux physiquement et j’en profite pour accélérer…comme il y a deux ans.

17h20’, j’arrive à Catogne au 54ème km à 2000m d’altitude.  Au bip de contrôle, une bénévole me pose quelques questions pour voir si tout va bien et si je suis toujours lucide, c’est heureusement le cas. Je suis maintenant 623ème et reprends de l’avance sur la barrière horaire (plus de 1h30’). Le parcours monte encore mais nous ne passons pas à la Tête d’Arolette (2333m) trop enneigé.

18h03’, au Col des Posettes à 2201m (58ème km, 620ème), je suis toujours en forme. Après un peu de vallonné, le parcours redescend et j’essaie de garder mon rythme.
18h59’, Le Tour à 1470m, (63ème km, 622ème), j’attaque maintenant sur 10km la partie la moins sympa en forêt. Cela me paraît long tant j’ai envie d’attaquer la dernière ascension.

21h11’, Les Bois, 1082m, (73ème km, 591ème), après le ravitaillement, je sors ma lampe frontale car elle va bientôt être indispensable. La montée est au départ sur un chemin large en lacet devient ensuite très technique avec rochers, échelles fixes. Je suis en tête de groupe et me donne à fond.


23h09’, j’arrive à Montenvers-Mer de Glace (77ème km) à 1903m. Je suis 600ème et ne peux toujours pas m’alimenter en nourriture solide. Je commence tout à coup à trembler de tout mon corps. Une bénévole me donne un bol de soupe de vermicelle pour me réchauffer. Je sors avec du mal mon sweat manche longue et repars le plus vite possible. Cela passe heureusement très vite et je me  retrouve à nouveau en tête de groupe. Il fait désormais nuit noir avec pour seules lumières les lampes des trailers et quelques étoiles.

01h03’, j’arrive enfin au Plan de l’Aiguille (84ème km) à 2191m, 599ème. J’ai maintenant envie de terminer cette course et je sais que je serai dans les temps. Il reste quand même une descente technique qui me paraît toujours aussi longue pour rallier Chamonix.

03h02’, je passe la ligne d’arrivée, main dans la main avec Cécile et je suis vraiment heureux et fier. Quelques centaines de mètres avant, j’ai le plaisir de croiser Peter qui va courir à mes côtes et j’accélère pour le finish. Je termine cet ultra en 23h01’59, 608ème au classement, 225ème de ma catégorie. Quelques minutes de moins par rapport il y a deux ans (15 minutes) pour quelques kilomètres de plus (7km), je suis vraiment satisfait.


Quel ultra-trail ! Et quel bonheur d’être finisher et de passer de terminer ce double marathon montagnard avec la femme que j’aime.





                                             

   


  






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