TDS, Sur les Traces des Ducs de Savoie

Mon trail de Courmayeur à Bourg-Saint-Maurice :


L’été se poursuit et nous arrivons au 24 août, jour de mon plus grand objectif en trail running pour cette année 2016. J’ai essayé de me préparer au mieux malgré ma tendinite chronique au tendon d’Achille et participant à trois grands trails dans les Vosges et les Alpes.

Cet objectif est la TDS, l’abréviation de Sur les Traces des Ducs de Savoie. C’est un ultra-trail, une course de pleine nature longue de 119km avec 7250m de dénivelé positif empruntant les sentiers de grande randonnée de la Vallée d'Aoste en Italie, de la Haute Tarentaise, du Beaufortain et du pays du Mont-Blanc en France.
Cette épreuve de montagne comporte de nombreux passages en altitude dans des conditions climatiques pouvant être difficiles et nécessite un très bon entraînement, un matériel adapté et une réelle capacité d’autonomie personnelle. Comme tous les trails de l’UTMB (Ultra-Trail du Mont-Blanc), il faut au préalable avoir acquis des points pour pouvoir postuler et courir cette course.

Dimanche 21 août, avec Cécile ma femme et coach, nous partons de Nancy pour rejoindre Chamonix. Quelques heures plus tard, nous sommes déjà en train de nous promener dans la ville ; il y a foule lors de ce sommet mondial du trail. Mais le monde est petit car nous croisons Ophélie, Julien et leur fille, des amis habitant tout près de chez nous…également en vacances dans la région.
Enserrée entre les massifs montagneux des Aiguilles Rouges et du Mont-Blanc, Chamonix est très prisée des amateurs d'alpinisme et ses sportifs de montagne en général. Cet atout touristique confère un visage très cosmopolite à la ville. C’est en l’an 1091 que des moines s'installent sur la rive droite de l'Arve, ce qui donne naissance au prieuré de Chamonix. La commune est un territoire du duché de Savoie qui est intégrée par la suite au royaume de Piémont et de Sardaigne. Puis, sous la Révolution française et le Premier Empire, elle devient un territoire français : le 24 mars 1860, par le traité de Turin, le duché de Savoie est cédé à la France, le 4 avril, la commune de Chamonix devient alors définitivement française et prend le nom de Chamonix-Mont-Blanc le 21 novembre de la même année.


Lundi 22 août, nous avons toute la journée pour visiter et prenons le télécabine pour rejoindre l’Aiguille du Midi qui culmine à 3842m d’altitude : elle est la plus haute des aiguilles de Chamonix et sur le sommet principal s'élève une tour portant des antennes de télécommunication. L'aiguille est le point d'arrivée d'un téléphérique et sa gare supérieure est située à 3777 mètres d'altitude. Nous avons de la chance car il fait beau, même assez chaud et il n’y a pas un nuage.

Face au Mont-Blanc et surplombant la vallée Blanche, le site de l'Aiguille du Midi offre une vue majestueuse sur les principaux sommets de plus de 4 000 mètres français, suisses et italiens, dont le Cervin, le Mont Rose, les Aiguilles de Chamonix, les Grandes Jorasses (4208 mètres), L'Aiguille Verte et les Drus, le Dôme du Goûter (4304 mètres), et bien sûr le Mont-Blanc (4810 mètres).


Mardi 23 août, veille de la course, après avoir été chercher mon dossard (avec peu d’attente par rapport il y a 2 ans) et m’être fait poser un taping sur mon tendon d’Achille douloureux, avec Cécile, nous allons au parc animalier Merlet aux Houches. Quel bel endroit ! Nous nous promenons entre les daims, chamois, bouquetins et pouvons même apercevoir (enfin) des marmottes.


Mercredi, nous nous réveillons à 2h30’ du matin et pendant que je m’habille, Cécile me cherche un café à la réception et me prépare des pâtes avec du jambon au Thermomix. Ensuite, nous rejoignons Les Houches pour prendre le bus de l’organisation qui nous amène à Courmayeur par le tunnel, de l’autre côté du Mont-Blanc. Nous attendons dans le complexe sportif et suivons la foule pour rejoindre le centre-ville où le départ est donné à 6h dans une belle ambiance festive et sportive. Je m’élance avec mon dossard numéro 6486 et peux embrasser Cécile en passant.
Très vite, dès la sortie de la ville (située à 1220m d’altitude), le parcours de la course monte et je passe par la "Maison Vieille" après 1h18’ de course puis jusqu’au au col Checrouit à 1956m (7ème km, 1er ravitaillement) et je suis 982ème au classement.



Après 2h20’, j’arrive à l’arête du Mont-Favre situé à 2409m d’altitude au 11ème km et je suis 989ème. Nous amorçons enfin la première descente jusqu’au lac Combal à 1970m d’altitude, 15ème km (2h56’ de course) ; j’ai perdu des places (1036ème). Le lac Combal se trouve en amont de la langue terminale du glacier du Miage et le lieu est caractérisé par une pelouse alpine humide dans laquelle serpentent de petits cours d'eau issus de torrents.


Ensuite, nous continuons sur le chemin de l'UTMB jusqu’au refuge Elisabetta pour poursuivre jusqu’au Col Chavannes (2584m). Cette longue remontée du Val Veny dans la lumière matinale fait découvrir de somptueux paysages. J’arrive au col après 3h48’ de course, 20ème km et j’ai pu regagner quelques places ; je suis 821ème au classement.





Place ensuite à une longue descente sauvage en pente douce dans les alpages du Vallon de Chavannes avant de rejoindre celui de la Doire de Verney par Alpetta que nous remontons jusqu’au beau lac de Verney avant d’atteindre le Col du petit Saint-Bernard (2188m). Cela fait maintenant 36km et 6h40’ de course et je suis 900ème. Je suis encore assez frais et suis heureux car Yvonne et Romain mon parrain sont venus me voir et m’encouragent. N’ayant plus une seule goutte d’eau, le ravitaillement est le bienvenu : je remplie mes quatre flasques d’eau et bois du Coca-Cola en avalant des morceaux de saucisson et des Tucs.



Le parcours quitte alors la Vallée d'Aoste et commençons notre périple en Haute Tarentaise par une longue descente le long de la Voie Romaine qui permit, dès l'an 2 de notre ère, de relier Rome à Lyon à travers les Alpes. Il faut ensuite traverser Saint-Germain, Séez (son nom vient du fait que la commune se situe à l'emplacement de la borne « six » de la voie romaine) pour atteindre Bourg-Saint-Maurice (lieu du 3ème ravitaillement). Ma douleur au tendon d’Achille droit commence à me faire vraiment mal et je n’arrive plus à poser mon talon, sans parler de la forte chaleur. J’arrive enfin à Bourg-Saint-Maurice après 9h08’ d’effortLa ville se tient sur le site de l'antique Bergintrum, au bord d'un petit ruisseau, le Bergintra (aujourd'hui, le Charbonnet) et est située à 816m d’altitude. Je suis au 51ème km et ne suis plus que 1150ème. Yvonne et Romain sont à nouveaux présents et je leur fais part de mes douleurs. Je m’alimente tranquillement et j’hésite pendant de longues minutes avant d’abandonner, une première pour moi…je ne saurai jamais si j’ai bien fait ou pas, même si quelques jours après, mon kiné me dit que mon tendon est encore très enflammé…

Je suis quand même classé 1574ème (554ème Master) sur 1794 partants et j’ai couru 53km (à ma montre avec 2558m de dénivelé positif) en 9h08’24". Le temps de boire un Orangina avec Yvonne et Romain, restés jusqu’au bout, je prends ensuite un des bus qui ramènent les coureurs vers Courmayeur puis vers Chamonix. Ce n’est que 5h plus tard que je retrouve ma chérie à Chamonix et j’avale un bon repas, le cœur gros et un peu vexé. Je n’aurai même pas eu le temps d’utiliser mes bâtons de trail, restés dans le sac, prêts à être utilisés pour la seconde moitié du trail…


Si j’avais poursuivi, après Bourg-Saint-Maurice, j’aurai du entreprendre une rude ascension de près de 2000m en longeant les forts du Truc et de la Platte (fort 2000) qui ont été construits à la fin du XIXème siècle, alors que les relations franco-italiennes se dégradaient, le but étant d’atteindre la splendide zone des 5 lacs, endroit de mes premières randonnées quand j’avais 5 ans. Peu après le Col de la Forclaz (2354m), il aurait fallu longer le lac Esola, puis gravir le Passeur de Pralognan (2567m). Une descente, très raide et technique aurait ensuite permis de rejoindre le Cormet de Roselend, de monter ensuite le Col de la Sauce puis le Col de Gitte jusqu'à 2322m d'où l'on peut découvrir un extraordinaire panorama sur les chaînes du Mont-Blanc, des Aiguilles Rouges et des Aravis... avant de traverser, par un petit sentier, la "Grande Pierrière" jusqu'au Col du Joly. Cette balade sauvage sur les plus beaux sentiers de Tarentaise, du Beaufortain et du Mont-Blanc se serait poursuivi par la descente sur Les Contamines (lieu d’assistance et de ravitaillement), avant de remonter jusqu'au col du Tricot en passant par les chalets du Truc et de Miage. J’aurai traversé la langue terminale du glacier de Bionnassay sur une grande passerelle, aurait couru jusqu'à Bellevue avant de plonger sur Les Houches (dernier ravitaillement) pour rejoindre enfin le centre de Chamonix…J’espère que je serai à nouveau pris pour cet ultra-trail l’an prochain et j’espère pouvoir le terminer car abandonner est quand même frustrant.

Avec François D'Haene, vainqueur de l'UTMB 2012 et 2014, du Grand Raid 2013 et 2014

               
                        Avec Sylvaine Cussot, une des meilleures traileuses
                                                                           


Jeudi 25 août, nous prenons le train à crémaillère pour aller visiter la Mer de Glace, glacier situé sur le versant septentrional du massif du Mont-Blanc, formé par la confluence du glacier du Tacul et du glacier de Leschaux. Il s'étend sur sept kilomètres de long et son bassin d'alimentation possède une longueur maximale de douze kilomètres et une superficie de 40km2, alors que son épaisseur atteint 300 mètres. Il fait toujours très beau et nous profitons du panorama. De retour à Chamonix, c’est l’occasion de se faire un bon petit restaurant en terrasse près de la rivière, car demain il faut rentrer à Nancy.

La TDS…ce nom va raisonner dans ma tête encore longtemps et dans un an, j’espère pouvoir revenir, terminer cette course et continuer ma progression en ultra-trail running, ma passion.

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