Matterhorn Ultraks, le marathon du Cervin

Matterhorn Ultraks, le marathon du Cervin :

Samedi 22 août 2015 à 7h30’, j’ai couru le Matterhorn Ultraks Trail à partir de Zermatt en Suisse au pied du Cervin, soit exactement 48,5km avec 3600m de dénivelé positif, le point culminant étant le Gonergrat à 3136m d’altitude. Dossard 4074, j’ai terminé ce trail en 9h11'12", 370ème sur 685 participants, 88ème de ma catégorie.
Au pied du célèbre Mont Cervin, la petite station piétonne de Zermatt (5750 habitants) attire tout autant les traileurs que les alpinistes.
Zermatt, située dans la partie alémanique du canton du Valais en Suisse, commande une douzaine de sommets de plus de 4000m. Et parmi eux, le Cervin ou Mattehorn en allemand (Cervino en italien) culminant à 4478m, continue de tenir la vedette. Sa pyramide crochue a scellé le destin de ce village, transformé en station à partir de 1852 avec l'ouverture de l'hôtel Monte Rosa qui fit le bonheur de la société mondaine anglaise. Et, la première ascension du Cervin, le 14 juillet 1865, marque le début du développement touristique de Zermatt.

Le Cervin, la "corne des Alpes", emblème de Zermatt, situé sur la frontière italo-suisse, est célèbre pour son aspect pyramidal, à sa forme reconnaissable entre toutes. Ses quatre faces se rejoignent à environ 4000m en dessous du sommet, qui est une arête large de deux mètres, sur laquelle se distinguent en réalité deux sommets. Le plus à l'est, le sommet suisse culmine  à 4478m d'altitude et le sommet italien, légèrement plus bas (4476m) sur la partie ouest ; les deux étant séparés par une échancrure aux creux de laquelle une croix a été posée en 1901. En dépit de l'appellation des deux sommets, ceux-ci sont partagés entre la Suisse et l'Italie car la frontière suite la ligne de partage des eaux qui coïncide avec l'arête sommitale. Situé non loin du Mont Rose, le Cervin est, comme ce dernier, constitué de roches cristallines correspondant à des fragments de socle géologique africain remonté à haute altitude.
Zermatt est l'un des plus beaux domaines alpins de Suisse et n'a pas d'équivalent pour les panoramas. Le sommet du Petit Cervin (Klein Matterhorn) culminant  à 3883m d'altitude, accessible en télécabine, offre une vue extraordinaire sur 38 sommets de plus de 4000m avec à l'ouest le Mont-Blanc. En effet, la plus haute tour d'observation d'Europe se situe au sommet du Petit Cervin. A son pied, le lac Noir (Schwarzsee) à 2583m permet de contempler le Cervin se reflétant dans ce beau petit lac.
De Zermatt (situé à 1620m), il est possible de se rendre 1500m plus haut en chemin de fer à crémaillère ; la voie ferrée du Gornegrat étant la plus haute d'Europe à ciel ouvert. Outre la magnifique vue sur le Cervin, elle offre l'inoubliable vision du Mont Rose  qui culmine à 4634m d'altitude. Arrivé au sommet en train à 3089m, le panorama est grandiose sur les glaciers.
Les noms de Zermatt et du Matterhorn proviennent des alpages ou matten en allemand ; le nom de "zur matte" (dans les alpages) ayant été employé pour la première fois en 1495. Praborno ou Praborgne (signifiant aussi alpage "prato borno") sont les anciens noms de Zermatt, tels que mentionnés sur des cartes dès 1250. Les francophones de la vallée d'Aoste en Italie et ceux du Valais utilisèrent ce nom, Praborne ou Praborgne, jusque 1860 environ. De même, la disparition progressive de Paborno au profit de Zermatt est attribuée au remplacement de la population de langue latine par une communauté germanophone.
Zermatt, située donc au fond de la vallée de Matteral et au pied du Cervin, est traversée par la rivière Matter Vispa, et est le point de départ de la Haute Route, itinéraire reliant Chamonix en France en jouxtant l'Italie.
La commune est densément bâtie et compte trois rues principales longeant les berges de la rivière avec la gare et l'église qui constituent le centre-station. Mais, elle a su garder son aspect typique de village valaisan de montagne grâce à des règles d'urbanisme strictes et à l'interdiction de la circulation automobile, afin d'éviter la pollution de l'air. Et effet, seules les voitures électriques sont autorisées à circuler à une vitesse maximale de 20km/h et les autres véhicules peuvent stationner au village de Tasch, à 5km.
Zermatt est aussi reliée sur 33km par une ligne de chemin de fer à Visp (Viège) et à Brig (Brigue) en passant également à Tasch ; cette ligne étant aussi le point de départ du train Glacier Express qui traverse le Sud de la Suisse en 7h30' jusque dans le canton des Grisons reliant Davos et Saint-Moritz.
Avec Cécile, nous partons jeudi 20 août à 8h30 pour la gare de Nancy et prenons plusieurs trains pour nous rendre à Zermatt : de Nancy à Bâle, puis jusque Visp et enfin le Glacier Express avec un magnifique panorama pour rallier Zermatt. Nous nous rendons directement à l'hôtel, non loin de la gare et prenons le temps de visiter la ville.  Une des étapes obligatoire est l'arrêt à la boutique du fameux chocolat Laderach avec de bonnes emplettes notamment une commande de ma belle-sœur. La soirée passe vite avec le dîner au restaurant de l'hôtel, copieux et bon, et un passage au spa.
Vendredi 21 août, je me réveille assez tôt et la vue de la chambre est incroyable ! Mes yeux distinguent le Monte Rosa culminant à 4634m, le Felethom à 4087m, le Castor à 4223m et son proche voisin le Pollux à 4092m, mais aussi le Breithorm à 4164m et le plus proche, le Cervin qui lui culmine à 4478m !
Nous visitons à nouveau la jolie petite ville puis nous allons nous promener le long des gorges de la Gorner, sublimes ! Une balade de 9km jusque Furi à 1867m et nous continuons en télécabine jusqu'au lac Noir à 2583m avec sa vue sur le Cervin juste à côté. Le retour à Zermatt en télécabine est génial et nous nous arrêtons ensuite à une terrasse au soleil au bord de la rivière.
Puis, nous nous rendons au retrait du dossard. Une fois celui-ci récupéré, je reconnais à un stand le grand Dawa Sherpa, le premier vainqueur de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc notamment. Je n’ose pas l’aborder car il dédicace son livre que Julien m’avait déjà offert. Mais Cécile fait demi-tour et se dirige vers lui…je la suis. Dawa en nous voyant arriver, se lève tout de suite et nous salue tout sourire. Nous discutons quelques minutes notamment de l’Ice Trail qui est notre course commune. Il est très ouvert, souriant et humble comme le sont souvent les Népalais ; un grand sportif très sympa ! Je suis ravi…nous nous promenons encore un peu avant de dîner au restaurant de l’hôtel et il faut se coucher tôt.

Le Samedi 22 août au petit matin, je me rends tranquillement au départ du trail situé au centre de Zermatt (1620m d'altitude) à moins de 10 minutes à pieds de l'hôtel. Cette troisième édition du Matterhorn Ultraks (46K) compte pour la coupe du monde de Skyrunning (Skyrunner World Series) et le parcours fait exactement 48,5km avec 3600m de dénivelé positif, autant en négatif. Il y a également d'autres formats de courses : le 30K (32km), 16K (16km) et le VZR (kilomètre vertical). Je porte le dossard 4074 et il y a également des champions sur la ligne de départ comme Elisa Desco ou Tom Owens.
Le top départ est donné à 7h30’ et je pars assez vite, près des meilleurs. Je suis même juste derrière l'italienne Elisa Desco, qui sera à nouveau première féminine sur cette course, pendant les 800 premiers mètres malgré la montée. Je ralentis ensuite dès la sortie de la ville pour ne pas gaspiller mes forces trop vite. Nous traversons une forêt avant d’arriver dans les alpages et le premier point de ravitaillement et de contrôle est à  Sunnegga, au 6ème km à 2260m d'altitude. Il est 8h24’ et je suis 28ème de ma catégorie (143ème au classement général). Josef du club Nancy Trail Pulsation me rejoint, comme lors de mes plus grands trails de cette année, celui des Marcaires (où il a fini devant moi) et de l’Ice Trail (qu’il n’a malheureusement pas pu finir). Nous courons ensemble jusqu’à Gornegrat, situé 14,6km après le départ et qui est le point culminant du trail à 3136m d’altitude. Il est 10h05’ et je suis 40ème de ma catégorie (184ème au classement général). Avec Josef, nous avons déjà gravi plus de 1500m en dénivelé. Je m’arrête même pour prendre une photo tant le paysage est magnifique avec tous ses sommets blancs et le Cervin qui est le plus majestueux.
Nous courons vite en abordant la descente sur chemins et sentiers avec de nombreux rochers. Josef prend un peu d’avance sur moi et je le suis d’un peu plus loin. Des spectateurs sont présents dont tout un groupe d’Asiatiques qui nous prend en photo et nous applaudit. Nous arrivons presqu’en bas de la première longue descente et je cours sans doute un peu trop vite et ne fais pas assez attention aux pièges du chemin. Mon pied droit reste accroché à un petit rocher et je plonge en avant…je me relève tant bien que mal les genoux et coudes en sang. Heureusement, cent mètres plus loin, j’arrive à Riffelalp (au 20,1ème km à 2222m d’altitude) et je peux nettoyer mes plaies avec de l’eau dans les gobelets. Une infirmière vient vers moi et me dit « stop the race » mais je ne l’écoute pas. J’avale vite quelques abricots et bois un petit peu et file le plus vite possible. Je suis 42ème de ma catégorie (190ème au classement général) et il est 10h46’. J’ai du mal à repartir, mon genou gauche commençant à gonfler et j’essaie de ne pas trop penser à la douleur et de ne pas trop ralentir. Mon rythme est devenu plus lent, nous rejoignons la partie commune avec le 30K.


J’arrive ensuite au niveau de la passerelle suspendue surplombant la rivière ; cette partie de la course m’angoissait un peu, de peur d’avoir un peu le vertige, mais finalement tout se passe bien. Vient ensuite après 25,4km, Furi à 1867m d’altitude, où nous avions avec Cécile pris le téléphérique.
Je cours tranquillement mais dans la seconde grande montée, en plein soleil, souffrant un peu de la chaleur, je suis pris de vomissements et je suis obligé de ralentir plusieurs fois. J’arrive néanmoins à repartir at arrive au beau lac de Schwarzsee, au 29ème km à 2583m d’altitude, ou le Cervin s’y reflète. Le parcours descend ensuite sur 2km puis remonte jusque 2700m au 35ème km : il est 12h51’ et je suis malgré tout 70ème de ma catégorie (276ème au classement général). Je décide de manger mes compotes de pommes comme lors de l’Ice Trail mais contrairement à cette dernière course, cela ne passera pas non plus aujourd’hui. Aussi, je suis à nouveau pris de vomissements lorsque le parcours remonte à nouveau et que je dois fournir plus d’efforts. Un anglais style babacool me double et m’encourage en rien en me disant que cela ira mieux après (en français avec son accent british). Je souffre et suis énervé…pourquoi ? Est-ce dû à ma chute qui m’a tout détraqué ? Heureusement, j’ai quand même moins mal au genou gauche.




J’arrive enfin à Trift au km 41,5 à 2383m, dernier point de contrôle et ravitaillement à 15h32’ et suis 86ème (301 au général). Je ne mange plus et bois beaucoup de Coca-Cola pour étancher ma soif avec cette chaleur et pour espérer reprendre des forces avec le sucre. Mon ventre gargouille tant il est vide mais au moins, je n’ai plus de maux d’estomac ! J’envoie également un sms à Cécile pour lui dire que j’arriverai d’ici une heure ou un peu plus normalement. Il y a ensuite une petite montée jusqu’ à 2500m d’altitude et je me sens enfin plus en forme. D’ailleurs, je double le trailer anglais qui me dit encore en riant «alors tu vois».

L’arrivée à Zermatt se précise et j’ai hâte que le parcours descende vers la ville, pour en finir et pour retrouver Cécile. Cela n’est pas aussi simple car mes jambes sont fatiguées et la descente est raide avec des obstacles…mais lorsque j’aperçois Cécile qui m’encourage au coin d’une rue proche de l’arrivée, je me sens si bien que je termine au sprint, doublant un dernier coureur. Je termine le Matterhorn Ultraks Trail à 16h41’’ en 9h11'12" de course (8h45’) en 370ème place sur 685 arrivants et je suis 88ème de ma catégories (134 finishers). Je suis fier de recevoir la belle médaille !



Le lendemain de course, dimanche, avec Cécile nous faisons une belle randonnée de 12km avec plus de 500m de dénivelé positif le long de la rivière Trift.  Nous montons jusque 2200m d’altitude et admirons les cascades et le panorama alpin, avec une petite pause pour boire un jus de pomme à l’auberge des Edelweiss. En repartant pour rejoindre Zermatt, une petite pluie fine passagère a rendu le chemin glissant et je chute à nouveau !


Le lundi 24 août est le jour du départ de Zermatt pour Lausanne : nous prenons le train pour Visp, notre première escale. A peine installé dans le train, une dame agent de quai nous informe qu’il faut rapidement changer de train car nous ne sommes pas dans le bon…et c’est le moment de la troisième chute devant Cécile, hilare. J’ai pris tous nos bagages  et comme la porte du train se fermait juste devant moi, j’ai été projeté en arrière sur le quai. Un peu penaud quand même, une jeune anglaise vient même vers moi pour voir si tout va bien. Nous nous dirigeons ensuite sans encombre vers Lausanne par Sierre, Sion, Martigny (proche de Chamonix), Saint-Maurice, Aigle, le château de Chillon, Montreux et Vevey. Nous déposons nos affaires à l’hôtel au centre-ville et nous visitons la vieille ville en deux fois : d’abord sous une forte pluie avec une pause à la Fnac pour nous abriter, puis avec enfin une accalmie. Et nous dînons au restaurant La Pomme de Pin rue Cité-Derrière à l'angle de la rue du Lapin Vert (!)

Le lendemain, nous profitons d’un beau soleil pour aller visiter Lausanne-Ouchy au bord du lac Léman et nous observons des cygnes, des mouettes, canards, goélands. Nous embarquons ensuite sur un bateau pour 35 minutes de traversée avant d’arriver à Evian en France. Nous passons une très belle journée : mangeons des crêpes, visitons la source de l’eau d’Evian avant de prendre le funiculaire, prenons l’apéro (un Picon pour moi) et dînons d’une tartiflette…une visite de 13km avant de reprendre un bateau pour rentrer à Lausanne. Le mercredi nous retournons à Lausanne-Ouchy en métro pour visiter le musée olympique et passons l’après-midi à la plage de Bellerive ; on se croirait au bord de la mer avec la vue sur les Alpes.


Le jeudi 27 août est le moment de rentrer à Nancy en train via Berne, où nous visitons le centre-ville avec ses arcades, Bâle et Strasbourg.
Avec Cécile nous avons passé une belle semaine de vacances en Suisse, au pied du Cervin et au lac Léman et nous avons des images magnifiques en souvenir.




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