Ice Trail Tarentaise, coupe d'Europe de Skyrunning




En quelques années seulement, le plus haut trail d'Europe est devenu un rendez-vous incontournable pour les meilleurs trailers de la planète : une course à ne pas manquer pour tous les inconditionnels des cimes !

En effet, avec son parcours hors du commun, au frontière de l'alpinisme, l'Ice Trail s'avère être un terrain de jeu idéal. Pour la majorité des coureurs, ce trail est un véritable défi pour tenter décrocher le fameux t-shirt finisher, qui prend ici tout son sens, et cette année pour se classer à la coupe d’Europe de Skyrunning.
L'ITT est un trail magnifique mais difficile ; l'altitude, le terrain, la distance et le dénivelé cumulé le montrant très bien.

Aussi, pour me rendre à Val-d’Isère, je suis parti de chez moi la veille de la course, samedi 11 juillet 2015, tôt le matin. Mon trajet est finalement plus compliqué que prévu, car après un changement à Lyon, le train suivant s'arrête à Chambéry au lieu de Bourg-Saint-Maurice, la ligne étant suspendue à cause d'un éboulement. Néanmoins, je reprends un train jusque Moûtiers, puis j'attends Julien et sa petite famille qui font presque le même trajet que moi, mais en voiture. Aussi, nous nous rendons à destination ensemble. Il fait 34 degrés dans la vallée mais 1000m plus haut, la température est plus basse de 12 degrés ! L'air est plus respirable et la vue est imprenable. Dès l'arrivée, nous cherchons notre dossard puis prenons le temps de boire une bière avant d'aller écouter les consignes de sécurité d'avant course. La soirée passe vite et nous nous couchons tôt.


La courte nuit est quand même réparatrice et nous sommes déjà levés à 2h15. Vite prêts, nous allons prendre le petit-déjeuner offert pour l'occasion, puis nous nous rendons au contrôle du matériel obligatoire avant de rentrer dans le sas de départ.
Quelques minutes avant, je reçois un gentil message d'encouragement et d'amour de Cécile sur mon portable et je démarre ma course le sourire aux lèvres.
Le départ est donné à 4h du centre station de Val-d'Isère et, avec Julien, nous avançons à la frontale au milieu du peloton ; cela bouchonne parfois un peu. La météo annoncée pour la journée est bonne, ce qui est une bonne nouvelle et promet de superbes paysages.
Le parcours débute par une première partie relativement plate de mise en jambe avant d'entamer une montée assez progressive suivie d'une petite descente avant d’arriver à Tignes Val Claret sous le ciel clair et étoilé. Il est 5h21' et Julien et moi sommes 277èmes au classement général.



Arrive ensuite très rapidement l'ascension de 1500m de dénivelé positif vers le glacier de la Grande Motte, principale difficulté et attraction du parcours.
Nous montons assez aisément jusqu'au point dit Panoramic à 3022m d'altitude au 15ème km, la lune laissant place à un beau lever de soleil sur les cimes.
Puis, maintenant chaussés des Yaktraks, genre de chaines pour chaussures, nous avançons plus doucement sur le glacier et avons droit au premier ravitaillement.
Nous passons sur une échelle au-dessus d'une crevasse puis avançons en se tenant à une corde : cela s'apparente à de l'alpirunning. J'ai quelques légers étourdissements dus à l'altitude mais rien de plus.
Le sommet de la Grande Motte est là, à 3653m d'altitude avec une vue panoramique et magique à 360 degrés. Nous sommes au 17ème km du parcours, il est 7h23' et nous sommes 229èmes.
Nous courons sans se poser de questions sur le sommet, d’un peu plus d’un à deux mètres de large, avec juste une corde nous séparant des précipices.







La descente est plus finalement plus compliquée car il faut se tenir à une corde le long de l'arrête, puis sur le glacier. Je vais glisser cinq fois au total ici et plus tard sur des névés mais pas de blessure, ce qui n'est pas le cas de tous...

 
Vient ensuite une petite remontée vers le col Fresse au 25ème km, à 2576m d'altitude : il est 9h18' et sommes 282èmes au classement. Puis, nous redescendons sur 5km au Charvet à 2400m, lieu du second ravitaillement. Je commence à avoir des difficultés pour m'alimenter avec des maux de ventre. Aussi, je ne mangerai que des compotes et ne buvant que de l'Orangina et de l’eau sur tout le parcours.
Nous passons par le parc de la Vanoise, très beau et fleuri et pouvons même apercevoir cinq marmottes qui jouent entre elles, sans se soucier des traileurs qui passent tout prêt.
La montée suivante, jusqu'au col de la Rocheure à 2911m d'altitude se fait sentir. Nous sommes au 37ème km, il est 11h39' et sommes 269èmes.
Puis suit une belle descente sur 3km quasiment hors sentier, où je pends du plaisir, jusqu'au refuge du Four à 2500m, avec des passages de ruisseaux et de petits torrents.
La seconde partie tout aussi aérienne du tracé est bien moins enneigée, mais offre des panoramas magnifiques grâce à cette météo exceptionnelle.
Nous avons droit à une nouvelle montée jusqu'au col des Fours à 2976m au 42ème km. Il est 12h34'et sommes 269èmes.
Redescente jusqu'au Pont Neige à 2530m d'altitude puis pendant 2km, nous marchons et courons lentement sur la route en plein soleil, avec beaucoup de motos qui nous dépassent pour se rendre au col de l'Iseran à 2790m d'altitude, col routier le plus haut d'Europe.









Je commence à faiblir ayant perdu beaucoup de force mais heureusement, le ravitaillement du 48ème km à 2700m arrive enfin. Juste après, suit la plus grosse montée technique dans la roche et pierriers en passant par le Col Pers à 3009m d’altitude. Il est 15h37' et sommes 259èmes. Je savoure à nouveau enfin le parcours jusqu'au sommet de l'Aiguille Pers à 3386m d'altitude. Nous arrivons au sommet au 51ème km à 16h23' et sommes 253èmes.
Avec une belle arrête surplombant un précipice, j'évite de regarder les quelques maisons qui apparaissent 1500m plus bas...Julien a d'ailleurs un peu le vertige mais, revient vite et dévale dans les cailloux. Il me dépasse et j'ai même un peu de mal à le suivre.



Au col de l'Iseran, au 55ème km, dernier ravitaillement, pris rapidement, il est déjà 17h23' et sommes 256èmes au classement avec maintenant l’assurance de terminer avant la barrière horaire.
Puis, la montée annoncée brutale pour rallier le tunnel Lessières à 3000m d'altitude l'est réellement...je finis même l'ascension à quatre pattes pour m'agripper aux rochers !
Quelques montées et descentes se succèdent ensuite en alternance jusqu'au lac Ouillette à 2500m, au 60ème km du parcours.
Nous sommes presque arrivés mais la dernière descente est très raide, longue et exigeante, faisant mal aux pieds et aux genoux. Mais heureusement, je n'ai aucun signe de crampes, et arrivons enfin à Val-d'Isère au 65ème km à 1825m d'altitude.
Quelques photos avec Fanny et les enfants avant de franchir la ligne d'arrivée, sourire aux lèvres, Arthur courant à mes côté et Noé en couche-culotte criant "j'ai gagné" avec Julien.
Il est 18h55, nous sommes finishers, 249èmes au classement de la Coupe d’Europe de Skyrunning sur environ 500 partants (345 arrivants) ; et je suis 52ème V1H en 14h55'35 de course.
Nous pouvons maintenant nous relâcher, nous rions même et sommes fiers. J’appelle Cécile et nos parents qui ont suivi la course toute la journée à distance en recevant les sms des temps de passage. La soirée passe vite avec un bon restaurant et je me couche en repensant à cette épreuve :

Je n'avais jamais couru autant de kilomètres (65km)
Je n'étais jamais allé aussi haut en altitude en courant (3653m)
Je n'avais jamais fait autant de dénivelé (5000m de dénivelé positif)
Je n'avais jamais couru sur des sentiers aussi techniques (glacier, pierres, roches)
Je n'avais jamais couru aussi longtemps (14h55')
Mais j'ai réussi ! Je suis un Skyrunner !


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