Devenir un Skyrunner, le marathon du Mont-Blanc :




Courir, quoi de plus basique comme sport ? Courir de plus en plus longtemps et de plus en plus haut pour repousser ses limites.
Pourquoi de plus en plus de personnes deviennent addicts à la course à pieds et à l’ultra-trail running ? Peut-être parce-que notre monde est devenu tout technologique avec l’électronique, internet et les smartphones.
Courir est en réaction à notre mode de vie moderne, simplement pour s’évader, pour trouver de nouveaux objectifs.


Le Skyrunning est une discipline de course à pieds en montagne qui se caractérise par une notion d’altitude.
De l'anglais, littéralement « course de ciel » c’est un sport extrême de running en montagne dépassant à minima une altitude supérieure à 2000 mètres, avec une pente supérieure à 30% et une difficulté d’escalade, les mains ou même des bâtons pouvant être utilisés pour aider la progression.

Le skyrunning diffère du trail-running qui est une course à pieds dans un environnement nature (plaine, campagne, forêt, montagne, désert) se déroulant sur des chemins, sentiers ou tout type de terrain naturel et sur un minimum de route goudronnée, et où donc il n’y a pas de notion d’altitude.

Cette discipline est régit par la Fédération internationale Skyrunning qui définit la réglementation, le développement et la promotion du sport dans les activités d’altitude. Elle a été fondée le 19 Juillet 2008 à Canazei en Italie, par les représentants de dix pays conjointement avec le conseil et les membres de la FSA (Fédération du sport en altitude) et compte onze nations membre, son siège étant toujours en Italie (mais le siège social est en Suisse).
Depuis le 16 juillet 2010, l’association Skyrunning France a vu le jour et le siège de l’association est à Céret dans les Pyrénées Orientales. Affilié à l’ISF (International Skyrunning Federation), cette association permet d’engager des équipes Françaises dans les différents championnats organisés par la fédération mais aussi d’organiser les différentes épreuves du championnat de France de Skyrunning.
Il existe aujourd’hui un circuit de skyrunning : les Skyrunner World Series. Les disciplines du skyrunning sont les suivantes : Skymarathon, course avec un minimum de 2000 m de dénivelé total et faisant entre 30 km et 42km de long, le parcours pouvant être sur chemins, sentiers, moraines, rocher ou neige (asphalte dans une proportion inférieure à 15% sur la totalité) ; Ultra-Skymarathon : course qui dépasse les paramètres d’un Skymarathon de plus de 5% ; la SkyRace : course entre 2000 m et 4000 m d’altitude, faisant 20 et 30 km et le Vertical Kilometer : course avec 1000m de montée verticale sur un terrain sur une distance ne dépassant pas cinq kilomètres.

C’était il y a près d’un an, en juillet 2013 sur le parcours du marathon du Donon, que Julien et moi avons décidé de nous inscrire au marathon du Mont-Blanc ; un rêve de sportifs grandeur nature ! Et, ce fut chose faite sur internet le 15 octobre dernier avec quelques difficultés et au bout de quelques heures de connexion, vu le nombre impressionnant de demandes.



Aussi, le vendredi 27 juin, nous partons de Nancy sous le soleil en début d’après-midi. Julien est venu déjeuner chez Cécile et moi auparavant, des pâtes au repas, bien entendu. Arrivés à Chamonix 5h15’ plus tard, nous trouvons assez facilement notre auberge de jeunesse et nos deux lits dans un dortoir de quatre, partagé avec d’autres coureurs. Nous posons nos affaires et assez pressés et impatients de découvrir la ville et son environnement alpin, nous nous dirigeons vers le centre à pieds.

Chamonix-Mont-Blanc, commune de 10000 habitants située dans le département de la Haute-Savoie regroupe en fait seize villages ou hameaux. La ville est entrée dans l'histoire en 1091 lorsque le comte Aymon Ier de Genève a fait dotation de la vallée à l'abbaye bénédictine de Saint-Michel de la Cluse, en Piémont. Des moines s'installèrent sur la rive droite de l'Arve : c'est la naissance du prieuré de Chamonix. Le 4 avril 1860, Chamonix devient alors définitivement française et prend le nom de Chamonix-Mont-Blanc le 21 novembre 1921 ; l'extension Mont-Blanc résultant d'un accord avec la commune de Saint-Gervais-les-Bains. En effet, enserrée entre les massifs montagneux des Aiguilles Rouges et du Mont-Blanc, Chamonix partage avec Saint-Gervais le record de la commune ayant l'altitude la plus haute de France et d'Europe occidentale. Elle le doit à la présence sur son territoire du sommet le plus haut des Alpes : le Mont-Blanc qui culmine à 4810 mètres. Avec une superficie de 116,53 km2, Chamonix est une des communes les plus étendues de France. Chamonix est très prisée des amateurs d'alpinisme et des sportifs de montagne en général comme le trail.

Nous nous promenons tranquillement et sommes agréablement surpris par la beauté et l’ambiance de la ville. Ce week-end est la fête du trail et ce mot est dans presque toutes les conversations. Un grand nombre de coureurs flânent également comme nous. Nous nous installons en terrasse pour dîner peu avant la ligne d’arrivée du 80km ; c’est magique ! Nous nous rendons également au podium du Kilomètre Vertical avec l’inévitable Kilian Jornet qui est sorti grand vainqueur cette année (second l’an dernier).
C’est déjà avec des images plein les yeux que Julien et moi rentrons pour nous coucher dans notre dortoir.

La nuit est assez courte…j’avais oublié que les derniers locataires en auberge de jeunesse se couchaient après minuit et que les premiers se levaient avant 5h du matin en faisant forcément du bruit ! Donc réveillé et levés tôt, après une douche rapide et un petit-déjeuner très léger (café soluble et pain de mie grillé), nous nous rendons directement à la gare du téléphérique de l’Aiguille du Midi, munis de nos deux pass achetés sur internet. L’ascension est déjà elle-même vertigineuse offrant une vue exceptionnelle. Après une étape au Plan de l’Aiguille à 2317m pour prendre le téléphérique de la deuxième partie du trajet, le panorama offert est encore plus vertigineux. Nous surplombons des pics dont certains sont enneigés pour arriver face au Mont-Blanc, 1000m plus bas.


L’aiguille du Midi culmine à 3842m, et sur le sommet principal, s'élève une tour, portant des antennes de télécommunication, qui représente le point culminant actuel. L'aiguille est le point d'arrivée d'un téléphérique et sa gare supérieure est située à 3777m d'altitude. L'Aiguille abrite le plus haut centre d'émission hertzien de France. L'aiguille du Midi doit probablement son nom à sa situation, au sud de Chamonix-Mont-Blanc : vue depuis le centre-ville, le soleil passe au dessus du sommet aux alentours de 12 heures. Le premier tronçon, ouvert le 1er juillet 1924, fut le premier téléphérique pour voyageurs de France. La téléphérique actuel, construit par le promoteur turinois Dino Lora Totino, a été édifié en seulement 5 ans de 1951 à 1955. Le 29 juin 1949, pour convaincre de la faisabilité du projet de téléphérique, à l'époque le plus haut et le plus long du monde avec 3km sans pylône, six guides descendirent la face nord au bout d'un câble qui fut ensuite tendu entre le sommet et le Plan de l'Aiguille. Face au Mont-Blanc et surplombant la Vallée Blanche, le site de l'Aiguille du Midi offre une vue majestueuse sur les principaux sommets de plus de 4000 mètres français, suisses et italiens, dont le Cervin, le Mont-Rose, les Aiguilles de Chamonix, les Grandes Jorasses, l'Aiguille Verte et les Drus, le Dôme du Goûter, et bien sûr le Mont-Blanc. Au nord, la vue plongeante sur Chamonix-Mont-Blanc est spectaculaire, alors que le panorama s'étend sur de nombreuses régions montagneuses, dont le massif des Aiguilles Rouges au premier plan, les Aravis, le Chablais, le Genevois, le Jura, la Chartreuse.
Peu fier à l’arrivée, je m’habitue vite et j’ai moins le vertige que je ne pouvais le penser. Je brave le fort vent, tout comme Julien, mais nous avons vite froid. Il fait -1 degrés et je mets une seconde veste plus chaude. Je peux même envoyer des sms et des photos à Cécile ; j’ai aussi envie de partager avec elle ce moment magique.

Lors de la descente, nous nous arrêtons une dizaine de minutes au Plan de l’Aiguille pour nous balader un peu et pour prendre un expresso avant de revenir à Chamonix.
La journée passe vite et après un bon déjeuner et avoir cherché nos dossards, toujours des pâtes pour moi, nous retournons à l’auberge en passant par la gare (pour la prendre en photo). Nous cherchons ensuite un garage car les essuie-glaces de la voiture de Julien ont été arrachés pendant la nuit…et de la pluie est annoncée. Nous devons aller jusque Sallanches pour que cela soit réparer. De retour, la voiture garée devant l’auberge de jeunesse, nous repartons à pieds au centre-ville. J’en profite pour m’acheter des gants en vue du froid annoncé…même si cet après-midi est chaude et lourde avec ses 29 degrés. Nous pouvons admirer les champions et meilleurs trailers du 80km de vendredi, le podium hommes avec Luis-Alberto Hernando et François d’Haene et le podium femmes avec Emelie Forsberg et Anna Frost, et ensuite…rencontrer Kilian Jornet, le phénomène Catalan!
En effet, Julien avait entendu par hasard que Kilian serait en dédicace vers 16h au stand Salomon. Il y sera, mais à 17h devant le magasin Salomon de Chamonix. Une petite foule est déjà devant le champion mais nous patientons. Kilian a beau avoir un palmarès inégalé en trail running, il est très abordable et sympa. Julien lui offre son livre, Le Lynx Blanc (Kilian lui demande même comment le contacter après l’avoir lu), nous recevons chacun notre dédicace et posons en photo avec lui. Je retiendrai que Kilian m’a donné une petite tape dans le dos en partant ; il n’a vraiment pas pris la grosse tête.


Après quelques courses alimentaires à la supérette, nous pensons ensuite au repas du soir, encore des pâtes pour moi, avec un picon bière pour tous les deux en apéro en terrasse. Et après avoir parcouru au total 15km de marche, nous sommes de retour dans le dortoir et après avoir préparé nos affaires de courses, nous pouvons nous endormir vers 22h, en pensant déjà à demain, le grand jour tant attendu depuis des mois!



Levés à 5h30, après un petit-déjeuner plus conséquent que la veille grâce à nos achats, nous sommes vite prêts et nous nous rendons sur le lieu de départ en marchant.
Pour la douzième édition du Marathon du Mont-Blanc, 2291 coureurs (2340 inscrits pour 20300 demandes d’inscription) prennent le départ ce 29 Juin 2014 à 7h devant la petite église Saint-Michel, sous une pluie battante. Il faut être muni d’un sac ou d’une ceinture avec le matériel minimum obligatoire : téléphone portable chargé, réserve d'eau de 0,50 litre minimum, veste imperméable coupe vent et sifflet.
Le parcours du Marathon (42,195km), cette année championnat du monde de skyrunning (Skyrunning World Championships 2014), offre un dénivelé positif de 2511m.

Si un soleil généreux a éclairé les trailers sur le 80km et Km Vertical, aujourd’hui, la pluie arrose copieusement ceux du 42km et contraint les organisateurs à utiliser un parcours de repli. En effet, au vu des conditions météo annoncées avec donc de la pluie durant toute la matinée, du vent et des températures ressenties assez basses, l’organisation avait décidé de proposer un parcours B. Le départ du Marathon du Mont-Blanc est donc salué par une forte pluie et la température est plutôt froide, les hauts sommets du massif du Mont-Blanc étant même saupoudrés, suite à la neige fraîche tombée dans la nuit. Dès les premiers mètres, le tempo est très rapide et comme nous sommes placés assez loin des premiers sur la ligne de départ, il faut slalomer pour gagner des places. Je perds vite Julien de vu avec tout ce monde, et malgré le mauvais temps, j’apprécie de courir ce marathon.
La première partie du parcours entre Chamonix et le col des Posettes est inchangée, jusque Vallorcine. Après un départ du centre de Chamonix (1035m), il faut remonter progressivement la vallée en passant successivement par les hameaux des Bois et du Lavancher pour atteindre Argentière (1250m). Ensuite le parcours du Marathon emprunte un sentier en direction du Planet, puis de cet endroit, la course traverse les champs pour débuter le sentier du balcon nord avant de redescendre en direction de Montroc. Après avoir traversé ce village, le sentier nous emmène en direction de Tré le Champ, et de là il faut se diriger vers le col des Montets (1461m), au cœur de la réserve naturelle des Aiguilles Rouges. Puis, par le chemin des Diligences, nous gagnons le hameau du Buet avant de rejoindre Vallorcine (1260m), nichée au fond d'une vallée à deux pas de la Suisse. Commence alors la progression vers le Col des Posettes (1998m) par un sentier partant du Plan de l'envers. Je suis étonné d’aller assez vite en progression, en marchant penché en avant avec les mains sur les genoux et en courant par moment pour doubler des coureurs.

Au col des Posettes, un ravitaillement nous attend afin de reprendre des forces. Trempé et gelé avec le vent glacial (2 degrés et -8 ressenti), je mange des Tucs salés et repars assez vite pour ne pas prendre trop froid. Un caméraman me filme et je dis quelques mots avant de redescendre sur le large chemin face à l'Aiguille verte et au massif du Mont-Blanc, longeant la crête de l'aiguillette et redescendant doucement en direction de Tré-le-Champ. Dans la descente, un trailer me double et tombe devant moi. Je le relève avec un peu de mal, mes doigts étant blancs de froid, mais criblé de crampes, il ne peut pas repartir tout de suite.

Nous traversons ensuite le village de Chaleyre avant de nous diriger vers le glacier du Tour. Après avoir traversé une passerelle, nous reprenons un sentier en direction de Montroc, avant de traverser les hameaux des Frasserands et de Tré-le-Champ. Il faut descendre sur un sentier très technique avant de remonter en altitude. Peu entraîné sur ce type de chemin, avec des rocailles, racines, de la boue…, je me fais souvent doublé.
Au cœur du massif des Aiguilles Rouges, face à la chaîne du Mont-Blanc, le chemin s'élève ensuite à nouveau jusqu'à la Flégère (1875m). Dans la montée, je pèche un peu physiquement et j’avance plus lentement.
Nous devions arriver à Planpraz (2050m), qui offre l'un des plus beaux points de vue sur le Mont Blanc mais avec la modification du parcours au vue des conditions météos, nous retournons jusque Chamonix.

Je savoure les derniers kilomètres car j’ai gardé assez de force pour amorcer la dernière descente sur Chamonix à bonne allure et je peux ainsi contenir le retour des coureurs derrière moi. Ce n’est qu’en entrant dans Chamonix que je réalise que je vais terminer mon premier marathon montagnard. Comme souvent tout au long du parcours des spectateurs crient "Allez Rémi !" Quel bonheur, quel instant magique !

Les 27 et 29 juin à Chamonix, trois des épreuves du Marathon du Mont-Blanc ont attribué les 6 titres et 12 podiums des championnats du monde de Skyrunning 2014 et rassemblé un des plus beaux plateaux international de l’histoire du trail : premier, Kilian Jornet pour la 3ème fois consécutive en 3h23’39 devant Michel Lanne en 3h25’50 ; la première femme, Elisa Desco se classe 32ème en 3h53’33.

Sur ce marathon, j’ai surtout souffert du froid. La veille, il a fait vraiment beau et chaud, mais le jour de la course, après les orages, le temps était couvert et il a plu tout le long : 10 degrés au départ à 7h et 2 degrés à 2000m. En t-shirt, trempé, avec le vent glacial, j’ai eu pendant longtemps les doigts blancs…
Le parcours était assez roulant au départ, puis beaucoup plus technique sur la 2ème partie avec 3 côtes dont 2 nous amenant à près de 2000m d’altitude.
Je ne suis peut-être pas allé assez vite au début, voulant garder de l’énergie, et j’ai perdu du temps sur la 3ème montée. Je n’ai pas eu de problème physique mais j’ai constaté que je manque de technique et d’expérience dans les descentes : boue, roche, racines, petits torrents à traverser ; parfois il fallait s’aider de ses deux mains !


Je termine, satisfait quand même, mes 42km et 2500m de dénivelé positif en 5h19’21, classé 424ème sur 2340 coureurs et 99ème de ma catégorie, Julien étant de peu devant moi (5h11’29).
Ma prochaine course sera l’OCC, 53km pour 3300m D+ le 28.08 prochain à nouveau à Chamonix, mes premiers pas sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc et je serai déjà plus aguerri au trail en montagne.











Posts les plus consultés de ce blog

L'histoire du marathon

TDS, Sur les Traces des Ducs de Savoie

Le 80km du Mont-Blanc, deux frères ultra-trailers