L'histoire du marathon



Le marathon ou le plaisir de courir et de se surpasser :

Le Marathon, d’une distance de 42,195 km, est bien plus qu’un sport de course à pieds, c’est une légende, une épreuve épique aux origines mythiques.

Les origines du marathon :

Marathon, aujourd'hui appelée Marathónas, est une ville de la Grèce Antique située dans l'Attique à 40 kilomètres au nord-est d'Athènes. En 490 av. J.-C., les Athéniens, conduits par Miltiade et aidés par un contingent de Platéens, y remportèrent une célèbre victoire militaire qui mit fin à la première guerre médique. La tradition rapporte que, pour rassurer ses concitoyens, Miltiade y dépêcha un messager, le soldat Philippidès, lequel parcourut la distance avec tant de hâte qu'il mourut d'épuisement à son arrivée. C'est pour célébrer son héroïsme que fut créée l'épreuve du Marathon.


 Les Jeux Olympiques antiques :

L'origine des jeux Olympiques est liée à la ferveur religieuse que les grandes cités de la Grèce antique témoignent à Zeus, roi de l'Olympe, lors des fêtes données en son honneur. C'est à Olympie, à partir de 776 av. J.C., que se déroulaient tous les quatre ans des concours sportifs (Agônes). Véritable institution de l'Antiquité, le rassemblement d'Olympie dura plus de mille ans. Toutefois, il perdit progressivement son caractère religieux et disparut en l'an 394, interdit par l'empereur Théodose Ier, qui y voyait un symbole du paganisme.

Les Jeux Olympiques modernes :

Ce n'est qu'à la fin du XIXème siècle, période à laquelle le sport se développa rapidement, que les Jeux Olympiques furent rétablis, selon la volonté de Pierre de Coubertin, président du CIO de 1896 à 1925. Les premiers Jeux modernes furent organisés à Athènes en 1896 : le berger grec Spiridon Louys remporta le premier marathon olympique. L'histoire olympique du Marathon est jalonné d'exploits légendaires : en 1908, l'Italien Dorando Pietri s'écroule sur le stade lors de l'arrivée des jeux Olympiques de Londres : soutenu par les officiels qui l'aident à franchir la ligne d'arrivée, il est disqualifié ; en 1956, le Français Alain Mimoun, pour sa première apparition sur la distance, remporte la course aux jeux Olympiques de Melbourne ; en 1960 à Rome, l'Éthiopien Abebe Bikila court pieds nus et gagne ; il s'impose de nouveau à Tokyo en 1964.

La légende grecque du marathon :

C’était le 13 septembre de l’an -490 que le messager grec Philippidès (Pheidippidès en réalité) a parcouru la distance de 39,91 km de la ville de Marathon (Marathônas, « champs de fenouil » en grec) à l’Agora d’Athènes (Athina) pour annoncer la victoire contre les Perses à l’issue de la bataille de Marathon lors de la première guerre Médique (victoire de Miltiade sur Darius).

Arrivé à bout de souffle sur l’Aréopage, Philippidès balbutia : "Xairete, nenikamen nike!" (Salut, nous avons vaincu !), et serait mort juste après avoir délivré son message.

Cette version est contredite par celle de l’historien grec Hérodote : lors du débarquement des Perses à Marathon, les Grecs auraient envoyé le messager Philippidès, pour demander de l’aide à Sparte, à plus de 220 km. Comme la route était trop irrégulière pour permettre le passage de chevaux, seul un messager à pieds pouvait couvrir cette distance à temps. Alors que les Spartiates répondaient par la négative, car ils étaient en pleine commémoration du festival d’Artémis, les Athéniens combattirent seuls (avec les Platéens).

Plutarque rapporte des siècles plus tard que, d’après Héraclide, c’est Thersippos le véritable messager mais pour d’autres c’est un certain Euclès qui aurait parcouru au prix de sa vie la distance entre Marathon et Athènes pour annoncer la victoire.

L’exploit de cette course mythique par Philippidès est resté célèbre mais ne correspond pourtant à aucune des disciplines sportives de l’Antiquité. Les légendes grecques nées de courses de longue distance sont nombreuses, par exemple l’histoire de Ladas qui mourut à la fin d’une course, ou celle d’Euchidas qui mourut également après une course sans repos de 185 km ou plus tard de Philonidès, messager d’Alexandre le Grand, qui aurait couru les 200 km reliant Sikyon à Elide.

Le marathon des premiers Jeux Olympiques modernes à Athènes en 1896 :

Le marathon est l’épreuve reine des Jeux Olympiques modernes créés par le baron Pierre de Coubertin. Symbole de l’athlétisme, elle est l’apothéose des Jeux puisqu’elle est son épreuve de clôture. C’est à l’occasion des premiers Jeux Olympiques à Athènes en 1896 que le marathon a été recréé sur une idée du philosophe français Michel Bréal pour commémorer cette légende.

Aussi, le 10 avril 1896 à 13h56’30 exactement fut donné, aux Jeux Olympiques d'Athènes, le départ du premier marathon de l’histoire (le 29 mars selon le calendrier grec de l’époque).


C’est un modeste berger grec d’1m60 âgé de 23 ans, chaussé par les habitants de son village, Spiridon Louys, qui gagna en 2h58'50" (sur une distance de 40 km). Il avait pris la tête de la course 4 km avant l’arrivée, malgré le détachement de cavalerie qui le précédait et qui envoyait de la poussière, et possédait 7 minutes d’avance sur le premier des 16 autres concurrents quand il parvint au stade panathénien, ovationné par 100000 spectateurs. A l’époque, les ravitaillements étaient constitués d’eau de vie, de vin, d’œufs durs, de pain et d’oranges et 10 concurrents sur 17 franchiront la ligne d’arrivée.

Finissant 5ème deux semaines plus tôt lors des qualifications (lors du 2ème marathon officiel des Jeux Pan-Helléniques), Spiridon Louys n’était pas le favori. D’ailleurs, la course fut d’abord menée par le français Lemusiaux suivi de près par l’australien Flack (déjà vainqueur sur 800m et 1500m) et par le hongrois Guyla Kellner (qui finira 3ème en 3h09’35). Derrière eux, suivaient les coureurs grecs et le premier d’entre eux, Ioannis Laventris. Spiridon Louys s’arrêta dans une auberge où il avala d’un trait un verre de vin rouge puis entama sa remontée ! Il dépassa Flack qui s’écroulera inconscient après avoir heurté un spectateur et Lemusiaux qui abandonnera après s’être fait soigné. Il termina devant un autre grec, Vasilakos Haralambos (3h06’03). Ce premier vainqueur du marathon eu sa statue élevée en son honneur dans le stade panathénaique et 40 ans plus tard, aux Jeux Olympiques de Berlin, portera la première flamme olympique et défilera en tête de la délégation grecque en portant le drapeau.

Les premiers marathons :

Le premier marathon officiel sur la route de Marathon à Athènes avait eu lieu le 10/03/1896 et le premier marathon hors de Grèce eut lieu le 19/07/1896, reliant Paris à Conflans avec la victoire du Britannique Len Hurst en 2h31'30". Ce n’est que 8 ans plus tard, le 30/08/1904, qu’eut lieu le marathon olympique hors d'Europe à St-Louis (Usa).

En dehors des Jeux Olympiques, le marathon de Boston est le plus ancien. Un des participants de la course fondatrice, l’américain Arthur Blake, membre de la Boston Athletic Association, avait pu observer combien l’épreuve était belle et ce, même s’il n’avait pas fini sa course. Aussi, un an après la course d’Athènes, 15 coureurs empruntèrent un parcours de 39,750 km où John McDermott l’emporta en 2h55’10. La mode était lancée et partout s’organisaient des courses de plus ou moins 40km.

Le marathon des Jeux Olympiques de Paris en 1900 :

En 1900, les seconds Jeux Olympiques de l’ère moderne se sont déroulés à Paris, en marge de l’Exposition universelle. Le départ et l’arrivée du marathon, long cette fois de 40,260 km, eurent lieu à la Croix-Catelan, sous l’égide du Racing Club de France. Par 32 degrés, les 17 concurrents devaient faire une boucle à travers Paris, sur les Fortifs (enceintes de Thiers, aujourd’hui remplacées par le périphérique). Après seulement quelques kilomètres, 9 concurrents restaient en course, se protégeant de la chaleur accablante par des canotiers ou de simples mouchoirs sur la tête Le Suédois Ernest Fast, le favori, faisait la course en tête. Malheureusement pour lui, il s’égara et peina à retrouver son chemin. Aussi, ce fut Michel Théato, luxembourgeois courant pour la France et jardinier du Racing (mais il se déclarait ouvrier ébéniste), qui le devanca de 37’39 et qui triompha en 2h59’45 ; Emile Champion terminant second à 4’32 du premier. Michel Théato passa ensuite professionnel mais ne brilla guère. D’ailleurs, il ne reçu sa médaille d’or qu’en 1912 en raison d’une erreur de budget !


Le marathon des Jeux Olympiques de Saint-Louis en 1904 :

Les Jeux Olympiques de 1904 à Saint Louis aux USA  ont aussi eu leur héros. Cette fois, il s’agissait d’un facteur cubain, Félix Carjaval. Il était si pauvre qu’il a mendié dans les rues de La Havane pour pouvoir payer la traversée vers les Etats-Unis. Une fois débarqué, il gagna Saint Louis en courant et en faisant du stop. Au départ de la course, il n’avait même pas de short, seulement des habits de ville et c’est un coureur irlandais qui lui découpa ses pantalons au-dessus du genou. Il faisait 35 degrés et l’humidité était terrible mais ces conditions ne semblaient pas le gêner, car il courait avec une aisance déconcertante. Il prit même le temps de s’arrêter plusieurs fois pour bavarder avec des spectateurs, cueillir des pommes, accepter des fruits et même des coupes de champagne. Les fruits eurent raison de sa résistance car à quelques km de la ligne d’arrivée, il endura des crampes d’estomac qui l’obligèrent à ralentir et il ne finit que 4ème. Le premier qui termina seulement en 3h28’53 est un anglais, Tom Hicks mais qui courait pour les USA et qui avait déjà remporté le marathon de Boston la même année. On lui fit des injections de strychnine, il mangea des œufs et bu plusieurs verres d’eau-de-vie pendant la course. La première dose de strychnine n’avait pas eu l’effet recherché car il continuait à ralentir et il en reçut une seconde. Il chuta après avoir franchi la ligne d’arrivée et il lui faudra quatre médecins pour s’occuper de lui…une autre dose aurait pu lui être fatale. Ce dopant est heureusement depuis interdit pour les athlètes. Seulement la moitié des partants ont fini la course. Tom Hicks n’a pas été le premier à franchir la ligne : Fred Lorz arriva avant lui mais il avait fait une partie du trajet en voiture ! Les officiels en ont été informés et on ainsi pu le disqualifier.

Le marathon des Jeux Olympiques de Londres en 1908 :

Il faudra attendre le 24/07/1908 aux Jeux Olympiques de Londres (London) pour que la distance soit fixée définitivement à 42,195 km (26 miles et 385 yards). La fantaisie fit valoir ses droits : la course partait de la terrasse Est du château de Windsor pour faire plaisir aux enfants de la famille royale, qui voulaient assister au départ des 12 concurrents, jusqu’à la loge royale du stade de White City où le roi Edouard VII était présent ! Cependant, il faudra attendre 1921 pour que la fédération internationale d’athlétisme (IAAF) officialise la distance.

A Londres, il faisait à nouveau très chaud et humide et c’est l’américain John Hayes qui remporta la médaille d’or olympique en 2h55’18 et qui était, de fait, le nouveau détenteur du record. Mais ce fut la course de Dorando Pietri qui frappa les imaginations. Il se détacha dans les 10 derniers kilomètres, mais au moment d’entrer dans le stade, il tituba et s’effondra à bout de forces et apparemment victime d’un coup de chaleur. A demi-inconscient, sa dernière ligne droite fut un calvaire et vécue comme un drame par les 80000 spectateurs. Les officiels lui vénèrent en aide par trois fois et l’ont soutenu jusqu’à la ligne d’arrivée. Mais le confiseur italien fut disqualifié pour l’aide qu’il a reçue et c’est John Hayes qui fut déclaré vainqueur. Il attribuera sa résistance à la chaleur aux années passées près du four de la boulangerie familiale. Dorando Pietri restera le vainqueur moral de cette course, et recevra le lendemain de celle-ci une coupe spéciale de la reine Alexandra pour saluer son courage. Après ce final dramatique, une course fut organisée par des professionnels la même année, puis en 1909, et les deux fois Pietri l’emporta.

Un an plus tard, en 1909, le record du marathon fut battu plusieurs fois : 2h52’45 par Robert Fowler, 2h46’52 » un mois plus tard par James Clark, 2h46’04 par Albert Raines, 2h42’31 par Henry Barett et 2h40’34 par le suédois Thure Johansson.

Le marathon des Jeux Olympiques de Stockholm en 1912 :

Aux jeux Olympiques de Stockholm, en 1912, il faisait encore très chaud. Il y a eu le nombre habituel d’abandons (34 sur 68 partants) mais le portugais Kamed Lazaro, s’effondra et mourut 2 jours après à l’hôpital, sans doute victime d’une asphyxie en raison de la graisse qu’il avait eu l’idée de se passer sur le corps pour se protéger du soleil et qui empêcha sa peau de respirer. Cette tragédie aura pour conséquence, 8 ans plus tard aux Jeux d’Anvers, l’introduction dans le règlement d’un examen médical obligatoire et la fin de l’amateurisme. C’est Kenneth McArthur un athlète sud-africain originaire d’Irlande du Nord qui fut champion olympique en 2h36’54. Il devança son compatriote Christopher Gitsham de 58 secondes, qui était persuadé que son équipier allait l’attendre pendant qu’il s’arrêta pour boire un verre d’eau ; ce qui ne fut pas le cas ! Par la suite, il n’a jamais été battu lors de ses 6 marathons.



Les marathons de l’avant-guerre :

Ensuite, il faudra attendre 1913 pour que le meilleur temps soit à nouveau amélioré : 2h38’16 par Harry Green, 2h36’06 par Alexis Ahlgreen puis en 1920 aux Jeux Olympiques d’Anvers par le finlandais Hannes Kohlemainen en 2h32’35 (le marathon faisant 42,8 km).

Le marathon des Jeux Olympiques d’Anvers en 1920 :

Après l’interruption lors de la première Guerre Mondiale, les Jeux Olympiques eurent lieu en 1920 à Anvers. Le finlandais Hannes Kolehmainen, qui avait obtenu sa sélection en remportant sous la pluie le marathon de New-York au mois de juin de la même année (alors qu’il n’avait fini que 4ème au marathon de Boston en 1917), remporta à nouveau sous la pluie, le marathon olympique en 2h32’35. Il fut le premier grand pistard à participer et à s’imposer dans cette épreuve. Avant cela il avait remporté l’épreuve du 10000m aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1912 en 31’20 et le 5000m en 14’36, à seulement 23 ans. Son frère ainé Tatu (qui était avec son autre frère Wiljami), son entraîneur, finira le marathon d’Anvers à la 10ème place.


Après les Jeux, Hannes Kolehmainen mettra à profit son expérience en matière de préparation physique pour entraîner un autre pistard finlandais : Albin Stenroos, qui lui succèdera au palmarès olympique.

Le marathon des Jeux Olympiques de Paris en 1924 :

Aussi, les Jeux Olympiques suivant eurent lieu en 1924 à Paris et ce fut donc Albin Stenroos qui remporta le marathon en 2h41’22, devant l’italien Romeo Bertini de près de 6 minutes. Il avait couru son premier marathon dès 1909, mais se consacra ensuite à des distances plus courtes avant de revenir au marathon.


Les marathons de la Belle-époque :

Avant même la seconde Guerre mondiale, le marathon possédait quelques célébrités. L’américain Clarence DeMar, surnommé Monsieur DeMarathon par la presse et le public, était l’une d’elles. Celui-ci participa à 33 marathons dont celui de Boston qu’il emporta à sept reprises entre 1911 et 1930, malgré des problèmes cardio-vasculaires. Il termina aussi 3ème des Jeux Olympiques de Paris en 1924 et son meilleur temps était de 2h18’10 (à Boston en 1922). Forte personnalité, il s’illustra aussi en ridiculisant des journalistes, en bousculant des suiveurs à vélo ou même en frappant des spectateurs… A la même époque, son compatriote Albert Michelson fut le premier à courir le marathon en moins de 2h30’ : 2h29’02 en 1925 à Port Chester.

Le marathon des Jeux Olympiques d’Amsterdam en 1928 :

Le marathon des Jeux Olympiques d’Amsterdam en 1928 est reporté par un français d’origine algérienne, Boughéra El Ouafi en 2h32’57. Il resta derrière les meneurs durant les trois quarts de la course puis les dépassa 5km avant l’arrivée. Aucun participant ne le rattrapa et il termina donc premier, avec 26 secondes d’avance sur Manuel Plaza, déjouant tous les pronostics. Il avait déjà participé aux Jeux Olympiques précédents et avait fini 7ème. Il sombra ensuite petit à petit dans la pauvreté et se retrouva sans-abri et malade. Le journal l’Equipe lança même pour lui une souscription en 1956 pour l’aider. Il trouva la mort 3 ans plus tard victime, avec d’autres, d’une mitrailleuse dans un café de Paris en pleine guerre d’Algérie.


Les marathons des années 1930 :

L’argentin Juan-Carlos Zabala courut son premier marathon en 1931 et réalisa peu après le record du monde du 30km en 1h42’30. L’année suivante, profitant de l’absence du finlandais Paavo Nurmi, il remporta le marathon des Jeux Olympiques de 1932 à Los Angeles en 2h31’36, en devançant le britannique Samuel Ferris de 19 secondes après s’être détaché dans les quatre derniers kilomètres. En 1936, il ne parviendra pas à conserver son titre à Berlin, abandonnant au 33ème km.

 
En 1935, le record fut de nouveau amélioré par des japonais : Fushashige Suzuki en 2h27’49, puis par Yashuo Ishenaka en 2h26’44. Aux Jeux Olympiques de Berlin, c’est le japonais Kitei Son qui s’imposa dans la plus grande épreuve de course de fond. Il était déjà recordman du monde de marathon depuis 1935, au marathon de Tokyo, en 2h26’42. Mais en fait, son vrai nom était Kee Chung Sohn et était coréen, son pays étant annexé par le Japon. Il connaîtra la consécration aux Jeux Olympiques de Séoul en 1988 dont il sera le dernier porteur avant d’allumer la flamme olympique.

Le marathon des Jeux Olympiques de Berlin en 1936 :

Aussi, au  départ du marathon des Jeux Olympiques de 1936 à  Berlin, c’est le recordman olympique Zabala qui mena presque toute la course avec l’espoir de battre son record. Au 10ème km, il avait 2min40 d’avance sur le coréen Son Ki-Chong et sur le Britannique Ernest Harper. Zabala arriva à la mi-course en 1h11’, ce qui améliorait son record personnel ; mais ses poursuivants étaient revenus à moins d’une minute. Il fut rejoint par Ki-Chong au 29ème km, qui le dépassa et il abandonnera au 32ème km. Ki-Chong remporta le marathon en 2h29’19, nouveau record olympique, avec 2 minutes d’avance sur Herper ; le 3ème étant un autre Coréen Nam Seung-Yong. Son Ki-Chong est le symbole de la résistance de la Corée ; sur 12 marathons courus avant 1936, il en a remporté 9. Il arrêta sa carrière au lendemain des Jeux Olympiques de 1936, refusant de courir sous les couleurs japonaises et préférant lutter pour l’indépendance de son pays. Il eut ensuite une carrière d’entraîneur, porte-drapeau de la délégation coréenne aux JO de Londres de 1948 et alluma donc la flamme olympique aux JO de Séoul en 1988.

 
Les marathons de l’après-guerre :

En 1947, le record du marathon est un peu amélioré par le coréen Kok-Suh Yun en 2h25’39. Puis, en 1952 par l’anglais Jim Peters : 2h20’42. Jim Peters fit mieux en 1953 et encore en 1954 en 2h17’39.


Le marathon des Jeux Olympiques de Londres en 1948 :

L’Argentin Delfo Cabrera est le vainqueur du marathon des Jeux Olympiques de Londres de 1948 en 2h34’51 en devançant à l’entrée su stade de Wembley le Britanique Thomas Richards, et le Belge Etienne Gailly qui était en tête. Il se classa 6ème, 4 ans plus tard au marathon des Jeux Olympiques d’Helsinki.

Le marathon des Jeux Olympiques d’Helsinki en 1952 :

Le 27/07/1952 aux Jeux Olympiques d’Helsinki, le tchèque Emil Zatopek remporte le marathon en 2h23’ après avoir gagné les épreuves du 5000m et du 10000m, il reste inégalé.

 
Le marathon des Jeux Olympiques de Melbourne en 1956 :

Alain Mimoun est un autre grand champion. Il n’était pas au départ un marathonien, sa spécialité étant le 5000m et 10000m, ou il finissait 2ème aux Jeux Olympiques de 1948 et 1952, derrière Emil Zatopek. C’est alors qu’en 1956, aux Jeux Olympiques de Melbourne, il décide de courir l’épreuve du marathon, son premier. Sous 36 degrés à l’ombre, il attaqua dès le 25ème km et malgré une défaillance 5km plus tard, il puisa dans ses réserves pour s’imposer devant les 44 autres concurrents et réalisa l’exploit, en 2h25’, sous les yeux des 120000 spectateurs. A l’arrivée, il se précipita vers son ami Emil Zatopek, 6ème de la course (opéré d’une hernie un mois plus tôt) qui retira sa casquette, se mit au garde à vous et lui dit : « Alain, je suis heureux pour toi ». Quatre ans plus tard, Alain Mimoun reviendra participer au marathon olympique de Rome à 40 ans, juste parce qu’il estimait devoir défendre son titre.

  
Le marathon des Jeux Olympiques de Rome en 1960 :

Au marathon des Jeux Olympiques de Rome, l’éthiopien Abede Bikila gagna à la surprise générale en 2h15’16 (et bat le record du russe Sergey Popov de 1960 d’une seconde) alors qu’il avait fait toute la course pieds nus. Surtout qu’il ne fut au départ pas sélectionné n’étant que 4ème des sélections éthiopiennes (il remplaça le 3ème coureur après sa défection). Quatre ans plus tard, au marathon des Jeux Olympiques de Tokyo, il gagna à nouveau, cette fois-ci chaussé, en 2h12’11, record de l’époque (Toru Terasawa couru le marathon en 2h15’15 en 1963, Léonard Edelen en 2h14’28 la même année et Basil Heathley en 2h13’55 l’année d’après). Au marathon suivant, à Mexico en 1968, il dut abandonner au 17ème km à cause d’une fracture à une jambe et mourut à 41 ans d’une hémorragie cérébrale suite à un accident de voiture.


Les marathons des années 1960 :

Le temps est à nouveau amélioré sur la distance en 1965 par Morio Shigematsu : 2h12’ et l’australien Derek Clayton est le premier à le courir en mois de 2h10’ : 2h09’36 en 1967 puis 2h08’33 en 1969. Il faut attendre 1981 pour que le record soit battu : par Robert De Castella en 2h08’18 puis par Steve Jones en 2h08’05 en 1984, par le portugais Carlos Lopes en 2h07’12 au marathon de Rotterdam.

Le marathon des Jeux Olympiques de Mexico en 1968 :

Le marathon des Jeux Olympiques de 1968 à Mexico a été gagné par Demisse « Mamo » Wolde, coureur éthiopien de 36 ans en 2h20’26. Il termina aussi second sur 10000m. Il avait déjà participé aux Jeux Olympiques de Melbourne en 1956 sur 800m, 1500m et au relais 4 x 400m puis en 1964 à Tokyo sur l’épreuve du 10000m où il finit 4ème et déjà sur le marathon, course qu’il ne termina pas. Pour ses derniers jeux, en 1972 à Munich, il termina 3ème, à 40 ans.

Le marathon des Jeux Olympiques de Munich en 1972 :

Frank Shorter, Américain né en Allemagne, est le vainqueur du marathon des Jeux Olympiques endeuillés de Munich de 1972 en 2h12’19. Assez grand (1m79) et longiligne (61kg), il avait déjà gagné des courses sur 5000m et 10000m et le marathon du Fukuoka (qu’il gagna encore 3 fois). A ces Jeux de 1972, il termina aussi 5ème de l’épreuve du 10000m et 2ème lors du marathon de 1976.


La démocratisation du marathon lors des années 1970 :

Dans les années 1970, l’épreuve se démocratise et le marathon devient une épreuve de masse. Alors qu’en 1970, 127 coureurs participent au marathon de New-York, en 1976 ils sont 2000 et 23478 en 1988. Désormais, ils sont chaque année 40000 coureurs à prendre le départ des marathons dit majors comme New-York, Berlin, Paris ou Londres. Ces courses attirent les rêves et les désirs de se dépasser de coureurs anonymes, loin derrière les champions qui se disputent les lauriers du vainqueur.

Le marathon des Jeux Olympiques de Montréal en 1976 :

Waldemar Cierpinski est un athlète allemand (est-allemand), double champion olympique en 1976 et 1980. A l’origine, il était un spécialiste du 3000m steeple mais décida de courir le marathon en 1974. Il était encore quasiment inconnu lorsqu’il se présenta au marathon des Jeux Olympiques de Montréal en 1976. Il courait dans le peloton de tête jusqu’à ce que l’américain Frank Shorter, champion olympique en titre, s’échappe après le 25ème km. Cierpinski le pourchassa puis pris la tête pour finalement remporter la course avec 51 secondes d’avance sur l’Américain.

 
Le marathon des Jeux Olympiques de Moscou en 1980 :

Après une une 4ème place aux championnats d’Europe de 1978, Cierpinski remporte à nouveau le marathon des Jeux Olympiques de Moscou en 1980. Il démarra la course sagement, rattrapa les premiers au 36ème km et mena ensuite la course. Seul Gerard Nijboer se rapprocha dans le dernier kilomètre mais Cierpinski sprinta les 200 derniers mètres pour gagner son second titre olympique et répéter l’exploit précédemment réalisé par l’Ethiopien Abebe Bikila. Il termina encore 3ème du marathon des premiers championnats du monde mais le boycott de la République démocratique allemande aux Jeux Olympiques de Los Angeles l’empêcha d’essayer de remporter un 3ème titre olympique.

Le marathon des Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 :

Le marathon des Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 est remporté par le Portugais Carlos Lopes en 2h09’21. Ce tailleur de pierre voulait au départ devenir footballeur et a failli ne pas participer à cette épreuve victime d’un accident de voiture, dont il sort heureusement indemne, une semaine avant les Jeux. Il fut le 1er homme à courir le marathon en moins de 2h08’ : 2h07’12, record du monde (battu de 53 secondes) au marathon de Rotterdam en 1985.


La féminisation du marathon :

Mélopène est une jeune femme grecque qui voulait participer à la course du marathon des Jeux Olympiques en 1896 à Athènes. Sa participation fut refusée mais elle courut quand même la distance et termina en 4h30’. En effet, le baron Pierre de Coubertin n’avait pas inclu les femmes dans sa modernisation des Jeux Olympiques et il fallut attendre 1960 pour que les femmes puissent participer à des courses de plus de 400m ! Historiquement, le premier chrono féminin sur marathon est celui de l’anglaise Violet Percy en 3h40’22 en 1926 ; et en 1964 Dale Greid, anglaise elle aussi, ne gagne que 13 secondes sur ce temps. Même après 1960, les athlètes féminines pratiquent le marathon dans la quasi-clandestinité. Par exemple, en 1965, l’Américaine Roberta Gibb Bingay fait un temps de 3h27’17 au marathon de Boston, en s’inscrivant sous le nom de Bobby Lou Gibb. L’année suivante, sans dossard, elle boucle la distance en 3h21’17. Ce n’est qu’en 1971 que le mur des 3 heures est franchi chez les femmes par l’Australienne Adrienne Beames (en 2h46’30). Mais la reconnaissance des marathoniennes est en route, sous la pression des mouvements de libération des femmes, principalement aux Etats-Unis. Cependant, il faudra attendre les Jeux Olympiques de Los Angeles, en 1984, pour assister à la première épreuve de marathon olympique féminin. De nos jours, le différenciel entre les performances masculines et féminines s’amenuise : en 2001, au marathon de Berlin, la championne olympique japonaise, alors en titre, Naoko Takahashi établit le nouveau record du monde de la discipline en 2h19’46. Et à ce jour, le record est détenu depuis le marathon de Londres de 2005 par l’Anglaise Paula Radcliffe en 2h15’25.

Le marathon des Jeux Olympiques de Séoul en 1988 :

C’est l’Italien Gelindo Bordin qui est vainqueur du marathon des Jeux Olympiques de Séoul en 1988 en 2h10’32.

Le marathon des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 :

C’est le Coréen Hwang Young-Cho qui remporta le marathon des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 en 2h13’23. La course du marathon de cette édition prend son départ à Mataro, petite station balnéaire située à 30km au Nord de Barcelone. Comme souvent, les organisateurs ont choisi un parcours qui met en valeur les plus beaux monuments et avenues célèbres de la ville : l'église de la Sagrada Família, le Passeig de Gràcia, la Rambla.
Arrivant dans les rues de la cité catalane ils sont encore une dizaine à prétendre à la première place. Sur les bords de la route, ce sont presque un million de spectateurs qui encouragent les athlètes le long des 42,195 km de course ! Young-Cho passe en tête aux 5ème et 10ème kilomètres puis de nouveau aux 35ème et 40ème. Le rythme de la course n’est pas très rapide à cause de la chaleur et les deux derniers kilomètres sont difficiles : du bas de la ville, les coureurs doivent rejoindre la colline de Montjuïc et le stade olympique où se trouve la ligne d'arrivée. Dans la dernière montée, Young-Cho réussit à prendre quelques longueurs d'avance sur le champion du monde en titre, le Japonais Koichi Moritshita. La clameur du stade olympique accueille l'entrée du Coréen sur la piste d'athlétisme. C'est presque au sprint que ce dernier s'impose devant le Japonais et l'Allemand Stephan Timo Freigang. Les 8 premiers de la course se tiennent en moins de 80 secondes. C’est donc en 2h13’23 que le Coréen boucle en vainqueur le marathon olympique le plus lent de l'histoire depuis celui de 1968.
Á 22 ans, Young-Cho Hang décroche le titre suprême et la plus belle récompense de sa carrière sportive. Blessé, il ne peut se qualifier pour les Jeux Olympiques en 1996 et met un terme à sa carrière et sa meilleure performance reste de 2h08’09 au marathon de Boston en 1994.

Le marathon des Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 :

Josia Thugwane est le 1er athlète noir Sud-Africain a remporter un titre olympique, lors du marathon des Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 en 2h12’35. Le peloton de tête resta compact et au coude à coude pendant une grande partie de la course. C’est au 35ème km que Thugwane initia une accélération suivi de près par le Coréen Lee Bong-Ju et le Kenyan Erick Wainina. Ils restèrent ensemble jusqu’à l’entrée du stade, moment choisi par Thugwane pour porter une nouvelle accélération et il l’emporta avec 3 secondes d’avance. Jamais un marathon avait connu une arrivée si serrée.

Le marathon des Jeux Olympiques de Sydney en 2000 :

Le vainqueur du marathon des Jeux Olympiques de Sydney en 2000 était l’Ethiopien Gezahegne Abera en 2h10’11 précédent le Kenyan Erick Wainaina de 20 secondes et Tesfaye Tola de 59 secondes. Abera a gagné de nombreux marathons comme celui de Londres en 2003, Fukuoka en 1999, 2001 et 2002 et encore à Edmonton en 2001 lors des championnats du monde d’athlétisme.

Le marathon des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 :

Stefano Baldini est le 2ème italien à remporter le marathon des Jeux Olympiques, à Athènes en 2004 sur le parcours historique, en 2h10’55, ce qui était un très bon temps sur la parcours historique réputé pour son extrême difficulté (montée jusqu’au 32ème km et chaleur estivale).

J’ai eu le plaisir de rencontrer ce champion et de poser avec lui pour une photo souvenir lors de mon marathon de New-York en 2004.

 
Le marathon des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 :

Le marathon des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 a été remporté par le petit Kenyan Samuel Wanjiru (1m63, 52kg) qui a établi un nouveau record olympique sur l’épreuve en terminant en 2h06’32 (son record étant de 2h05’10 à Londres en 2009). Le second, le marocain Jaouad Gharib, termina en 2h07’16 et le 3ème, l’éthiopien Tsegay Kebede en 2h10’. Wanjiru a été détenteur du record du monde du semi-marathon en 58’33 à seulement 21 ans, mais fut tragiquement décédé en 2011.

Le marathon des Jeux Olympiques de Londres en 2012 :

Le dernier marathon des Jeux Olympiques de Londres de 2012 a été remporté par l’Ougandais Stephen Kiprotich, qui créa la surprise. Il termina l’épreuve en 2h08’01, avec 26 secondes d’avance sur son poursuivant, le Kenyan Abel Kirui. Un autre favori, Kenyan également, Wilson Kipsang Kiprotich, a fini 3ème en 2h09’37.

L’amélioration des performances sur marathon :

Le premier éthiopien qui était détenteur du record du monde de l’épreuve était Belayneh Dinsamo en 2h06’50 en 1988 au marathon de Rotterdam, puis le record a été amélioré la même année au marathon de Berlin par le brésilien Ronaldo Da Costa en 2h06’05.

Le marocain Khalid Khannouchi (naturalisé ensuite américain) porta ensuite le record en 2h05’ : à Chicago en 1999 en 2h05’42, puis en 2002 à Londres en 2h05’38. C’est ensuite le kenyan Paul Tergat, au marathon de Berlin en 2003, qui passa sous la barre des 2h05’ : 2h04’55 ; temps amélioré encore par l’éthiopien Haile Gebreselassie, toujours au marathon de Berlin, en 2007 : 2h04’26 puis l’année d’après en 2h03’59. Un des plus grands sportifs et marathoniens est Haile Gebreselassie : né le 18.04.1973, ce petit éthiopien (1m64, 53 kg) a remporté 2 médailles d’or aux Jeux Olympiques (sur 10000m), de nombreux marathons (Amsterdam, Fukuoka, Dubai, Berlin) mais jamais l’épreuve mythique des Jeux. Il a donc été jusqu’il y a peu de temps le recordman mondial de la distance.


Patrick Makau était le détenteur du record en 2h03’38 (établi en 2011 à nouveau lors du marathon de Berlin) mais le temps a été amélioré par le Kenyan Dennis Kimetto le 28 septembre 2014 en 2h02'38 (encore à Berlin).

 
Le mythe du marathon :

Le marathon a été longtemps considéré comme une épreuve physique à la limite de la résistance. Il est vrai qu’aux premiers Jeux Olympiques, plus d’un tiers des participants ne terminait pas les courses. On pensait alors que celui qui réussissait à courir 42km était un prodige, un homme hors du commun. Mais, petit à petit, le marathon est devenu une épreuve sportive à la portée du coureur endurant, bien entraîné et bien préparé. Courir un marathon n’est plus synonyme de souffrance et peut être un grand plaisir sportif, un bel accomplissement personnel ; sans mettre sa vie en danger et sans la nécessité de se doper. Aussi, ce sport, n’a cessé de grandir et d’évoluer et a vu de grands champions se succéder. Le marathon est devenu un sport populaire, même si disputer une course de plus de 42 km ne reste pas à la portée de tout le monde.


C’est sans doute parce que l’histoire du marathon est empreinte de mythe et de légende qu’il est perçu comme un acte d’héroïsme et c’est aussi pourquoi cette épreuve clôt les Jeux Olympiques. C’est parce que le marathon est l’alliance parfaite entre le plaisir de courir et la réalisation de soi, qu’il constitue une expérience mémorable. Un marathon est plus qu’une simple course, c’est une expérience à vivre.

 
Pour reprendre les mots d’Emil Zatopek : « Si vous voulez courir, alors courez un mile. Si vous voulez vivre une expérience hors du commun, courez un marathon ! »

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