Le Grand Défi des Vosges




Il y a quelques jours, en consultant le site internet de l’ITRA, International Trail Running Association, j’ai constaté que je n’étais plus enregistré en tant que coureur de trail. En effet, mes dernières grandes courses dans ce domaine datent déjà de 2011 avec le Petit Ballon d’Alsace (47km dont 2142m de dénivelé positif) et celle des Crêtes Vosgiennes en 2006 (33km, 1000m D+).

J’étais plus un routard avec une vingtaine de marathons courus, et même s’il y a quelques mois, j’ai couru le Trail des Lumières (32km, 800m D+) et le GNUT (Grand Nancy Urban Trail, 16,7km, 590m D+), celles-ci étaient trop courtes pour être référencées.
Mais, aujourd’hui, je cours le Grand Défi des Vosges, mon premier ultra-trail de l’année avec ses 58km et 2200m de dénivelé positif, et je serai à nouveau classé.



Je pense être bien préparé, courant en moyenne trois fois par semaine, au minimum 42km sur un terrain le plus vallonné possible, et marchant également entre 150 et 200km tous les mois.
J’ai même testé la distance il y a un peu en parcourant au final 61,3km (avec 1700m D+) en 6h59’. Ce jour là, j’avais de bonnes sensations même si j’ai eu un coup de fatigue et du mal à courir entre le 42ème et 55ème km. Je n’ai pas ressenti de crampe ou de problème musculaire, si ce n’est des douleurs aux chevilles à la fin du parcours.

Hier, je suis arrivé à la gare de Sarrebourg, en train avec 1h15’ de retard, du à un arbre couché sur la voie ferrée. J’ai toujours du mal à quitter Cécile, même pour peu de temps et pourtant je suis heureux de retrouver mon frère et sa petite famille. D’ailleurs Julien et mon filleul sont venus m’attendre à la gare, Arthur se jetant à mon coup, tellement il était content de me voir. J’ai passé une soirée très joyeuse agrémentée d’un apéro et d’un bon repas avec également Fanny et Noé, le petit dernier, toujours aussi rigolard. J’ai joué à la balle avec Arthur, ce qui m’a rappelé nos premières parties de football avec Julien quand il avait 5 ans, et lui ai lu des histoires avant de s’endormir. Vite couché à mon tour, j’ai eu du mal à m’assoupir, puis me suis réveillé souvent. La nuit était courte, nous nous sommes levé à 5h pour prendre un petit déjeuner consistant. Arthur était levé lui aussi car il a voulu nous voir partir et nous mettre un peu de confiture sur le nez, comme dans la BD du Schtroumpf Olympique, pour nous donner du courage.

Après une heure de route, nous arrivons à Niederbronn-les-Bains, ville thermale de 4500 habitants dans le parc naturel des Vosges du Nord, bien que situé en Alsace. En effet, contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, ce parc n'est donc pas situé dans le département des Vosges, et n'est pas non plus centré sur le massif vosgien dont les sommets sont à plusieurs dizaines de kilomètres au sud, mais seulement sur sa périphérie. Faisant partie de la réserve de biosphère des Vosges du Nord, ce parc englobe la partie la plus septentrionale du massif des Vosges avec 83000 hectares de forêt (feuillus et résineux) et 35 châteaux forts sur des éperons de grès. Niederbronn semble reposante, et un paysage de montagnes boisées l'entoure. Les premières traces de l'occupation par l'homme de cette région remontent sans doute à l'époque celtique, comme l'attestent les vestiges situés dans le massif du Wintersberg ainsi que des inscriptions dédiées au dieu Vosegus. Des fouilles archéologiques ont établi l'existence d'une cité romaine au début de notre ère, avec déjà des installations thermales d'envergure. Ainsi les curistes et touristes qui viennent se détendre au cœur du Parc naturel régional des Vosges du Nord, profitent d’un cadre attrayant et reposant.

Nous ne perdons pas de temps pour récupérer nos dossards, numéro 420 et 421, et notre lot : une bouteille de Pinot blanc, car l’heure du départ est proche.




Nous partons du stade municipal, courons assez vite car le début du parcours est descendant, mais déjà à partir du deuxième kilomètre, la première grande montée s’annonce. Suis-je parti trop vite? Est-ce que je suis trop stressé? Car, très tôt, j’ai des crampes d’estomac, de fortes douleurs, et je dois faire le dos rond. Peut-être qu’en fait, mes soucis sont du à mon demi litre de jus de betterave bu la veille ; je ne savais pas que c’était une boisson si difficile à digérer. Néanmoins, j’avale l’ascension jusqu’au 10ème km sans bronché, ayant Julien devant en ligne de mire. Mes problèmes gastriques m’empêchent de me lancer véritablement dans la descente vers Jaegerthal, puis je m’arrête pour une pause obligatoire au 15ème km. Je vais ainsi couper trois fois mon chrono, car encore au 25ème et au 35ème km, je suis obligé de stopper ma course. Cela remonte sec jusqu’au 20ème km et je me ravitaille au 24ème km…grosse erreur. Heureusement, au 35ème km, cela va enfin mieux mais je prends quand même un cachet pour le mal de ventre. Comme quoi tout peut arriver, car j’ai beau avoir couru plus de 100 courses, c’est la première fois que j’ai ce problème. Je décide de ne plus manger mais de boire régulièrement de petites gorgées d’eau. Après une nouvelle montée, où je marche et me fais encore doublé, je sens que je manque un peu d’énergie. Heureusement, le parcours boisé est magnifique avec de beaux points de vue sur la vallée et de beaux restes de châteaux de l’époque médiévale.






Au deuxième ravitaillement, à Dambach au 41ème km, je bois du Coca Cola bien sucré pour me donner un peu de peps, surtout que la nouvelle montée jusqu’au 47ème km est vraiment raide. Impossible de courir et même en marchant, je souffle. Pour pimenter l’aventure, un kilomètre plus tard, je loupe un panneau indicateur et suis obligé de rebrousser chemin, rajoutant plus d’un km au parcours prévu. Je suis passé à la distance marathon (42km) en 4h20’ et je mets encore 1h10’ de plus pour arriver au 50ème km.



Il y a encore une montée en lacets jusqu’au troisième et dernier ravitaillement du 51ème km au pied de la tour du Wintersberg, point culminant du parc naturel des Vosges du Nord à 581m d’altitude. Je n’ose pas prendre du saucisson et du fromage même si j’adore ces mets et je ne bois encore que du Coca. La suite et fin du trail est plutôt en descente, malgré quelques faux plats cassants, et je me sens revivre. J’accélère de plus en plus et redouble enfin des coureurs pour finir cette course, presque léger et souriant, même sur la ligne d’arrivée. Le speaker vient vers moi car il dit que je suis passé trop vite pour lire mon numéro de dossard et je dis quelques mots au micro.



Comme bons supporters, Papa et Maman sont venus nous voir Julien et moi à l’arrivée, accompagnés de Teddy et d’Hermès, le cocker de Ralph et Catherine en voyage au Japon.
Nous prenons le temps de boire une bière avant de repartir en voiture. Je me douche ensuite chez mes parents, mange mes trois sandwichs prévus au départ pour la course et reprends le train pour Nancy. Je retrouve Cécile radieuse et tout sourire qui est venue me chercher à la gare.

J’ai couru le Grand Défi des Vosges en 6h34’07” à ma montre (en coupant le chrono aux trois pauses nécessaires), 30’ derrière Julien, pour 58,93km. Mon temps official est de 6h59’56” et je termine 71ème sur 189 finishers. J’obtiens ainsi mon premier point ultra-trail pour les futures courses du Mont-Blanc.
Demain, j’aurai 41 ans et plein d’avenir en trail running.

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