Le marathon mythique d'Athènes




Le marathon mythique d'Athènes :

J’ai couru sur les traces de Philippidès le 10 novembre 2013 de Marathon au stade olympique du Panathinaiko d’Athènes.
Le marathon est une épreuve de course à pieds aux origines mythiques.

C’est à l’époque de la Grèce antique, le 13 septembre de l’an -490, que 10000 Athéniens conduits par Mitliade remportèrent une victoire militaire contre Darius à la tête de 30000 Perses. La tradition rapporte que, pour rassurer ses concitoyens, Mitliade dépêcha un messager, le soldat Philippidès, lequel parcourut la distance avec tant de hâte qu’il mourut d’épuisement à son arrivée sur l’Agora d’Athènes, juste après avoir délivré son message : "Xairete, nenikamen nike !" (Salut, nous avons vaincu !).

Après une bonne nuit de sommeil, je me lève comme d’habitude à 6h30’. Sauf qu’aujourd’hui je ne me rends pas sur mon lieu de travail mais à Athènes pour courir un nouveau marathon, mon 22ème.

Mon sac est prêt depuis la veille et je quitte Cécile le cœur un peu gros, car partir 4 jours seul est devenu un peu long pour moi. Je pars à pieds puis en bus à la gare de Nancy pour prendre le Tgv pour Paris (départ à 8h17’ et arrivée à 9h46). Puis, Après un trajet calvaire de plus d’une heure en métro ligne 4, Rer B et Cdgval, debout et serrés les uns contre les autres, je suis, 2 mois après notre retour de Crète, à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, au terminal 1. Après l’enregistrement et le sas de contrôles passés, je suis à la porte d’embarquement 76 et je prends le soin d’acheter une bouteille d’eau. Je remarque des coureurs avec soit une montre gps au poignet ou des chaussures de running aux pieds. Installé ensuite à l’avant-dernier siège côté couloir et à côté d’un couple plus âgé, l’avion décolle à midi. Le vol dure 3h et n’est pas très reposant car il y a un groupe de collégiens bruyant. Néanmoins, nous avons droit à un petit repas avec des Penne et j’ai pu voir par le hublot les Dolomites enneigées, la côte croate et la botte italienne.

Arrivé en Grèce à 16h heure locale, sous un beau ciel bleu, j’ai droit à mon pass gratuit du 31ème marathon d’Athènes pour les transports en commun. Je m’installe, assis pour une fois, dans le métro ligne 3 pour 45 minutes de trajet jusqu’à la place Syntagma au centre-ville. Au lieu de changer de ligne pour mon hôtel, je ne résiste pas à poursuivre mon trajet jusqu’à l’arrêt Acropolis. Et c’est de nuit, par encore 21 degrés, que je vais marcher au pied de l’Acropole sur l’allée piétonne Dionissiou Areopagitou (bordée également par le nouveau musée tout en verre) : cette vue est ma-gni-fique ! Je me crois tel un chevalier d’or au pied de son temple comme dans Saint Seiya. Dominant le paysage urbain, la colline de l’Acropole, couronnée du Parthénon, apparaît comme le centre de la cité.

Je flâne puis reprends la ligne 2 du métro jusqu’Omonia, un grand rond-point bâti comme j’ai pu en voir dans les pays de l’Europe de l’Est. Le coin n’est plus si beau, assez vétuste et il y a de la délinquance, à priori depuis le début de la crise économique. La ville moderne est grise, bruyante et polluée. Je rejoins mon hôtel, un 4 étoiles qui devrait avoir perdu au moins 2 de ces étoiles, m’installe puis achète à boire et manger au supermarché. Quelques messages et je peux même parler à ma femme qui me manque tant. Le soir, je lis le dernier Jogging magazine avec TV5 Monde en bruit de fond et pense à ma visite de la ville de demain.

Je suis debout dès 8h et après le petit déjeuner et la douche, impatient, je commence ma journée par voyager à métro (les 3 lignes) pour aller prendre en photo la gare Larissa, petite et assez vétuste alors que le métro est ultra-moderne. Il y a une autre gare une centaine de mètres plus loin, celle dite du Péloponnèse que je vais voir également. Puis je me dirige vers Le Pirée, le port d’Athènes. La encore, que ce soit les abords de la gare ou du port, ce n’est pas très beau ni très propre. Rien à voir avec Plaka, le pittoresque centre historique d’Athènes en grande partie réservé aux piétons, son lacis de ruelles, ses églises byzantines, ses ruines grecques et romaines, qui est de toute beauté et où l’on a envie d’y rester flâner. Athènes porte partout l’empreinte d’une histoire plusieurs fois millénaire.

L’Acropole (dont le nom signifie ville haute) énorme vaisseau de pierre dominant la pleine urbaine, occupe un site exceptionnel. Son sommet aplati, long de près de 300m sur 150m de large, forme une vaste esplanade, dominant la ville basse de 115m.

Je visite l’Acropole en commençant par le théâtre de Dionysos, le plus prestigieux des théâtres de l’Antiquité (où se jouaient les chefs-d’œuvre du répertoire sous Péricles) puis continue par l’autre théâtre Odéon d’Hérode Atticus. Je monte ensuite au sommet à 156m d’altitude par l’escalier monumentale de larges marches en marbre des Propylées surmonté à sa droite par le temple d’Athéna Niké où à l’époque de Péricles, une colossale statue d’Athéna de 9m s’y dressait. L’Erechthéion et surtout le Parthénon, temple réalisé sous la direction du sculpteur Phidias (qui était entièrement peint en rouge-jaune-bleu, la blancheur du marbre n’étant due qu’à l’usure du temps) garnissent le sommet. Et quel panorama sur toute la ville ! L’Acropole resta quasiment intact, et ce malgré l’incendie de 267 qui provoqua la chute des marbres des toitures, jusqu’au bombardement des Vénitiens en 1687.

Athènes s’étend sur un large bassin ponctué de collines et depuis le grand rocher de l’Acropole, l’agglomération (de 3,5 millions d’habitants, soit plus du tiers de la population de la Grèce) s’étend à perte de vue. J’en oublie qu’il fait chaud (25 degrés)…et que je n’ai plus l’habitude.

A peine descendu de la colline, je remonte à celle en face, le Filopappou (116m d’altitude) pour admirer la vue splendide sur l’Acropole et de l’autre côté jusqu’à la mer Egée. Je passe ensuite par la porte d’Hadrien et le temple de Zeus Olympien (ou Olympion). Admirateur de la culture athénienne, l’empereur Romain Hadrien contribua à l’embellissement de la ville et les Athéniens l’honorèrent en lui érigeant un arc de triomphe de style romain en l’an 131.

Je poursuis par le Zappeion pour arriver au premier stade olympique de l’ère moderne : le Panathinaiko. Edifié pour les Jeux de 1896, ce stade pouvant contenir 70000 personnes est la réplique fidèle de l’édifice en marbre dont Hérode Atticus avait doté la cité en 144 pour les prestigieuses compétitions athlétiques des Panathénées.

Le marathon est l’épreuve reine des Jeux Olympiques modernes créés par le baron Pierre de Coubertin. Symbole de l’athlétisme, il est l’apothéose des Jeux puisqu’il est son épreuve de clôture. C’est à l’occasion des premiers Jeux Olympiques à Athènes en 1896 que le marathon a été recréé sur une idée du philosophe français Michel Bréal, pour commémorer la légende de Philippidès.

Aussi, c’est le 10 avril 1896 à 13h56’ exactement, que fût donné le départ du premier marathon de l’histoire olympique (le premier marathon, sur la route d’Athènes avait lieu le 10/03/1896). Et c’est un modeste berger grec d’1m60 âgé de 23 ans, chaussé par les habitants de son village, Spiridon Louys, qui gagna l’épreuve en 2h58’50" (sur une distance de 40km). Il avait pris la tête de la course 4km avant l’arrivée et posséda 7 minutes d’avance sur le premier des 16 autres concurrents (10 franchiront la ligne d’arrivée) quand il parvint au stade panathénien, ovationné par 100000 spectateurs. Ce premier vainqueur eut sa statut élevé dans le stade et 40 ans plus tard, aux Jeux Olympiques de Berlin porta la flamme olympique et défila en tête de la délégation grecque portant le drapeau. Plus tard, lors des championnats du monde d’athlétisme de 1997, le Panathinaiko a été utilisé pour la cérémonie d’ouverture de Vangelis qui a réuni 90000 spectateurs et pour l’arrivée du marathon. Après avoir été à nouveau restauré, il a accueilli lors des 28ème Jeux Olympiques de 2004 à Athènes l’arrivée des marathons (féminin le 22 août et masculin le 24 août), en plus des épreuves de tir à l’arc. C’est l’italien Stefano Baldini qui remporta le marathon olympique sur le parcours historique en 2h10’55", ce qui était un très bon temps sur ce parcours réputé pour sa difficulté.

J’ai eu le plaisir de rencontrer ce champion et de poser avec lui pour une photo souvenir lors de mon marathon de New-York en 2004.

C’est ici que demain, tous les marathoniens finishers termineront l’épreuve ; j’en ai déjà des frissons !

D’ailleurs il faut que je rende sans plus attendre au Faliro Okympic chercher mon dossard. Je prends le tram pour retourner à la place Syntagma et prendre le bus B2. C’est un peu plus compliqué, mais je trouve le départ et compte les 14 arrêts car sur ce parcours tout est noté en grec. Je visite un peu le marathon expo puis visite encore la place Syntagma, place de la Constitution, où se trouve l’ancien palais royal devenu le Parlement (Vouli).

Partant de la place, je me dirige sur la longue avenue et moderne Ermou dédiée au shopping, sur la place Mitropoléos avec la cathédrale orthodoxe (grande Métropole) et sa voisine, une jolie chapelle byzantine (petite Métropole), jusqu’à la belle place illuminée Monastiraki où l’on voit aussi l’Acropole. Cette place, non loin de l’ancien Agora grecque, est un ancien marché turc où se dresse l’église byzantine de la Panagia Pandanassa surnommée le petit Monastère. Des étals en plein air de vendeurs ambulants peuplent les rues étroites et sinueuses jusqu’à la place Avissinias toute dédiée aux brocanteurs.

La soirée est courte et reposante pour être en forme demain ; j’ai quand même marché 15km aujourd’hui.

Réveil à 4h30’ (3h30’ heure française) et une fois prêt, je prends le métro pour monter dans un des nombreux bus place Syntagma, et je peux voir le cérémonial de la relève de la garde. Nous partons de nuit mais quand nous arrivons au stade de la ville de Marathônas (champ de fenouil en grec) 50 minutes plus tard, il fait jour. Cette ville située dans l’Attique au Nord-Est d’Athènes est le départ où Philippidès avait montré la voie à tous les marathoniens. Plus de 2 heures à attendre tranquillement, mais cela passe assez vite.

Positionné dans mon sas de départ, block 2, je lâche comme les autres coureurs un ballon dans le ciel, pour la paix, juste après la vraie minute de silence pour les victimes du marathon de Boston du mois d’avril. Les émotions sont présentes, tant cette course captive par son passé historique. Je pars confiant et joyeux, car je n’ai auparavant jamais abandonné même si parfois j’ai souffert.

Le parcours est vallonné et loin d’être facile mais au début, le parcours est légèrement descendant et je cours à 4’30" de moyenne au km même si dès les premières foulées ma tendinite à ma cheville droite se fait sentir. Je dois me préserver car je suis peu entraîné : un trail de 32km il y a 3 semaines et trois entraînements seulement au total en 2 mois. Je souffre aussi de la chaleur et mes premières gouttes de transpiration apparaissent dès le 3ème km. Au 4ème km, le parcours fait une boucle autour du mémorial de la bataille de Marathon et rappelle la victoire des Athéniens. Ensuite, nous entrons dans la commune de Nea Makri et cela monte peu après le 7ème km. Heureusement, il y a 15 stands (entre le 5ème km et le 40ème) où les bénévoles distribuent des bouteilles d’eau ; je bois à chaque ravitaillement et je m’asperge à chaque fois avant-bras, nuque, coup et visage, car il y a très peu de zones d’ombres. Je passe le 10ème km en 45’ en tapant dans des mains d’enfants fiers de côtoyer des marathoniens.

Le parcours est fait de côtes, de longues et franches montées mais aussi de descentes...avec ma blessure, impossible d’allonger ma foulée, je ne vais pas plus vite qu’en montée. Nous passons Rafina et Pikermi et je passe la mi-course en 1h42’ (13-14 minutes de plus qu’à mes 2 derniers marathons urbains à Strasbourg et Zürich). Je commence à souffrir et je ralenti, la chaleur et les montées m’ôtant de l’énergie. Pourtant la ferveur populaire est présente et il y a beaucoup de spectateurs, j’en suis surpris ! Comme, il n’y a qu’un seul ravitaillement en nourriture, j’avale un gel au 15ème, 25ème et 35ème km et cela suffira.

Je fais le dos rond dans la grande côte du 22ème au 32ème km en passant Pallini et Anthousa et j’arrive à réaccélérer un peu ensuite. Je sens beaucoup moins de douleur à ma cheville, même si mon pied droit rase la route à chaque pas, et j’ai moins chaud, grâce au vent présent en entrant dans Athènes. Il faut dire que maintenant le parcours est plutôt descendant. Quand je passe l’arche du 40ème km, je peux accélérer et je fini au sprint en doublant (enfin) les yeux grands ouverts buvant ces instants et mon arrivée dans le stade olympique Panathinaiko de marbre blanc. Inoubliable, j’ai l’impression d’être le nouveau champion olympique acclamé par la foule ! Ce finish restera à jamais gravé dans ma mémoire. Je termine en 3h32’18" (20 minutes de plus que mes autres marathons de l’année), mais étant peu entraîné suite à ma blessure et avec 290m de dénivelé positif, je suis satisfait. A peine arrivé, je gravis la centaine de marches de marbre pour me tenir tout en haut du stade pour boire ses images mythiques !


Je suis donc 1250ème sur 8489 arrivants (278ème et 16ème Français de ma catégorie).


Rentré me doucher à l’hôtel, je repars me promener tranquillement dans Plaka, Monistariki, Thissio et le soir venu, je prépare mon sac de retour.

Le lendemain matin, les souvenirs encore plein la tête, je quitte l’hôtel peu avant 10h pour me rendre à la gare boire un expresso. En effet, je n’ai pas pris le temps de prendre le petit-déjeuner et j’avais remarqué que la seule chose moderne de cette gare était son distributeur à café.

Je voyage ensuite dans le sens du retour avec les mêmes moyens de transport qu’à l’aller (avec des turbulences en avion et un Rer toujours bondé) pour arriver à Nancy à 22h43 et retrouver ma chérie qui est venue me chercher à la gare.

Courir le marathon d’Athènes est particulier et mythique avec son arrivée dans le stade olympique du Panathinaiko qui donne le frisson à tous les coureurs et un moment inoubliable ; un final unique qui restera à jamais gravé dans ma mémoire de marathonien.

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